Plasticité -
Revue d’étude des poétiques et pratiques de la plasticité dans la littérature et dans les arts

 

Appels à contribution

Faites vos je(ux) : poétiques et pratiques du jeu dans la littérature et dans les arts

Dans la continuité des travaux collectifs réalisés dans le cadre des programmes « Dispositifs plastiques », « Plasticité du texte et de l’image » et « Intermédialité » menés au sein du laboratoire LLA-CREATIS de l’université de Toulouse-Jean Jaurès, nous nous proposons d’engager de nouvelles recherches ouvertes à des enseignants-chercheurs et doctorants de diverses disciplines (tout particulièrement la littérature, la littérature comparée, les études théâtrales, les études visuelles, les études cinématographiques, les arts plastiques et arts appliqués, la communication, la musique). Les corpus qui donneront matière à des analyses esthétiques et à des conceptualisations seront issus de ces disciplines.

Dans une perspective transdisciplinaire et transhistorique, sans restriction d’époque et de lieux, il s’agira de poursuivre notre effort de définition de la plasticité en la considérant comme approche spécifique des formes esthétiques et des contenus et comme dynamique profondément liée au jeu et marquant l’avènement d’un je spécifique. Le jeu est un opérateur de la plasticité et permet une redéfinition du « je ». La spécificité de la notion de jeu envisagée aujourd’hui serait peut-être dans le fait que le jeu est non seulement défini dans sa fonction de détachement, avec les corollaires terminologiques qui l’accompagnent – distraction, divertissement, entertainment notamment – mais qu’il est aussi de plus en plus présent dans des démarches esthétiques et critiques. Par conséquent, si la dimension ludique des formes esthétiques contemporaines – liée à un changement de la société, qui a développé l’industrie du jeu -, motive ce premier numéro de la revue, il nous semble essentiel d’en voir aussi les manifestations spécifiques dans d’autres contextes historiques, afin de mesurer l’évolution de cette plasticité que permet le jeu. Nous proposons les axes principaux de réflexion suivants :

Le jeu, thème et formes

Sont comprises par cet axe les oeuvres articulées sur des thématiques précises – le jeu comme objet de la fiction, articulation d’une intrigue romanesque, théâtrale, comme motif poétique par exemple.

Cet axe concerne aussi le jeu comme activation,à l’intérieur d’un médium – d’un texte par exemple –  ou de plusieurs médiums – intermédialité -, d’un mouvement non apaisé des formes, d’une métamorphose et d’un transfert des formes, d’une tension des formes entre elles et au final, d’une émergence de formes inconnues, nées de ce frottement ou de de choc. On y inclura  des esthétiques matérialisées par des formes liées à l’illusion, à l’artifice, au kitsch, à la littérature et à l’art populaires, à l’esthétique de l’humble, à la coprésence « non-pertinente » de médiums inconvenants, au déclassement – du haut et du bas, du « pur » et de l’ « impur », du style sophistiqué et du brut, du bon chic et du bon genre opposés au toc et au trash, du « propre » et du « sale ». On pourra y évoquer le délirant baroque, l’humour, la dérision, le second et nième degré, le subreptice, le pastiche, la parodie, et des procédures liées au composite et à l’hétéroclite – recyclage, collage, montage, agrammaticalité de la poésie contemporaine. On pourra aussi y réfléchir à la frivolité, à la gratuité, à l’incongru, au déplacé, à la faille, à la disjonction, à l’accroc, au bizarre, à l’insolite, à l’inattendu, au farfelu, à la fantaisie, au bouffon, à la minoration de la forme, au changement de registre et de valeur, au sous-genre incorporé au genre, au petit genre et au grand genre, à la petite forme et à la grande forme, à l’insignifiant, au nonsense, à l’idiotie, toutes thématiques jubilatoires qui créent une esthétisation très spécifique du monde, soulignent une forme de créativité particulière et redéfinissent une éthique et une politique de l’art. Il serait nécessaire de se demander dans quel contexte esthétique, historique et social ces thématiques et ces formes s’inscrivent, comme ces mélanges de genres qui participent aujourd’hui à une mise en scène de la légèreté, de la vanité, de la fragilité constituant une approche de la postmodernité. On verra quels enjeux esthétiques, poétiques, éthiques et politiques révèlent ces jeux et ces écarts.  De l’art ludique avant toute chose et pour cela préfère l’inter plus vague et plus soluble dans l’air et toutefois sans doute plus provocateur et plus interrogateur, plus tenace dans l’incertitude, l’énigme qu’il met en scène, dynamique et stimulante. Le désir de jeu, le désir manifesté par et dans le jeu, suggère peut-être un mode de contact créatif et actif avec la réalité, propice à la pluralité des interprétations, au jeu de métamorphoses du sens, non absolu.

Le jeu comme hasard

Ce axe comprend les notions de relativité, d’arbitraire, d’aléa producteur d’événements et de phénomènes, le jeu permettant de considérer les formes comme des puzzles dont les pièces ne s’agencent pas forcément selon des connexions préétablies, selon des critères préalables, selon un rapport évident et identifiable entre un contenant et un contenu, une origine et sa suite. Le thème et l’événement de la rencontre sont liés également à ce voisinage risqué d’objets, de formes et de registres : la reconnaissance et la définition de l’espace de la rencontre sont problématiques voire polémiques. Le jeu sera aussi envisagé comme réalité dépendant d’une matérialité, d’une contingence  – des supports, des milieux dans lesquels les dispositifs se produisent. Si le site, le lieu de la rencontre d’éléments qui n’ont rien de commun pose problème, ne se crée-t-il pas un milieu plus meuble, plus incertain ? Seraient pris en compte un indécidable de la forme, les possibles d’un même dispositif, les multiples fictions possibles d’un dispositif – « fiction » entendu selon son étymologie proche de celle de la plasticité, incluant le modelage, le façonnage, la fabrique. La plasticité serait ici envisagée comme activation du dispositif, comme expérience, comme aventure, et l’effet produit serait analysé en prenant en considération la part d’achèvement et d’inachèvement, la réévaluation des jugements critiques, et en particulier, en phase avec tout un pan de l’art moderne et contemporain cet effet permettrait de réfléchir à la reformulation de la perte comme gain, le ratage étant considéré comme énergie du recommencement selon Beckett – « essayer encore. Rater encore. Rater mieux »- ou, selon la philosophie des Shadoks –  » Ce n’est qu’en essayant continuellement que l’on finit par réussir… autrement dit … plus ça rate plus on a de chances que ça marche « .  » Un coup de dés jamais n’abolira le hasard  » par chance pour la création. Le jeu sera examiné, sur des corpus précis, comme dépense, comme perte, comme action vaine mais aussi comme création et potentiel infini.

Je joue donc je suis

Induite par ce qui précède, la question de l’émergence du « je » spécifique de la plasticité est alors essentielle : quelle forme de subjectivisation ces expériences de la plasticité révèlent-elles ou inaugurent-elles ? Quel sujet est défini par le jeu, par le geste ludique, empirique, tel qu’il est envisagé dans les autres axes ? Quel sujet cognitif ? Lorsqu’on parle de « gamification » de la société, est-ce faire le constat, après celui de « l’esthétisation du monde «  (Lipovetsky et Serroy), d’une généralisation du jeu dans tous les domaines – d’action, de pensée, de création – et aussi d’une prise en main du monde par le jeu qui justement serait une résistance à ce « capitalisme artiste » ? Quel sujet physique se dessine, en tant que pratiquant cette plasticité inhérente au jeu ? Quel sujet pulsionnel et désirant le jeu exprime-t-il ou crée-t-il ? Quel accueil et quelle disponibilité cette conception de la plasticité suppose-t-elle et quelles en sont les limites ? Comment la plasticité du jeu permet-elle de repenser les valeurs, les langages, les schémas perceptifs, les codes comportementaux, les échanges ? Ce jeu déployé dans des dispositifs marqués par la liberté et l’émancipation, mais aussi souvent par la sophistication – technologique, stylistique, formelle – est-il une façon d’affronter l’opacité, l’énigme, l’épaisseur du réel ?

On pourra aussi enfin envisager le jeu comme méthode d’analyse et méthode critique, comme façon de formuler une analyse. Comment dégager une plasticité, l’inventer, par un type d’analyse, un style – par exemple par la méthode du démontage et du montage de textes et d’images ? La réécriture serait peut-être en soi un commentaire et une analyse.

Les propositions d’articles (une page maximum de présentation) sont à envoyer avant le  31 novembre 2014 à l’adresse indiquée dans la rubrique « contact » de la revue. Après lecture des propositions par le comité scientifique et réponse rapide à l’auteur(e), les articles seront à envoyer pour le 31 janvier 2015.