Slavica Occitania

Le littéraire et le visuel dans la culture russe des XXe et XXIe siècles

[Sommaire du numéro]

Catherine GÉRY

Du skaz au kinoskaz (réflexions néo-formalistes sur le passage du skaz dans les arts visuels)

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Résumé

L’hypothèse d'un « skaz cinématographique » se fonde sur l’étude des stratégies de transposition des procédés du skaz (pseudo conte oral) dans le cinéma soviétique muet des années 1920 (dans Le Manteau de Kozintsev et Trauberg, par exemple). L’objectif est de montrer, dans le prolongement des travaux des Formalistes russes sur la différenciation des langages littéraire et cinématographique, comment un « tout gestuel » vient se substituer à un « tout oral » à l'intérieur d'un autre système de perception, ou comment le langage cinétique du burlesque peut proposer des équivalents acceptables au conte oral. Il est possible de prolonger cette réflexion sur le skaz littéraire et le skaz cinématographique en direction de la scène (mimodrames, théâtre de tréteaux, scène populaire ukrainienne et yiddish dont est en partie issu le cinéma russe) pour aboutir sur une forme dramaturgique contemporaine originale : le « monologue d'estrade » ou monospectacle tel qu'il est actuellement pratiqué par exemple par Evgueni Grichkovets. Il s'agirait ici d'un nouveau postulat : celui du « skaz scénique » ou du skaz conçu à la fois comme lieu de l'oralité et espace scénique.

Abstract

From Skaz to Kinoskaz (Neo-formalist Reflections on the Transposition of Literary Skaz into Visual Arts)

The present paper will examine the notion of “cinematographic skaz” (kinoskaz) related to the study of different strategies that enable the transposition of the oral indirect speech into Soviet silent movies. According to the works of Russian Formalists on the differentiation between literary and cinematographic languages, the purpose of this paper is to show how gesture replaces orality in another system of perception (for example in The Undercoat (1926), Grigori Konzintsev's and Leonid Trauberg's film that utilises Nikolai Gogol’s skaz). The reflection on the aesthetical and formal conflict between literary and cinematographic skaz can be also extended to the study of performance, including balagan or Yiddish and Ukrainian popular theatre (from which Russian cinema partly derives from), mimodrama (The Undercoat by Marcel Marceau) and contemporary monodrama (How I ate a dog by Evgeny Grishkovets).

Zusammenfassung

От сказа к киносказу – неоформалистические размышления о транспозиции литературного сказа в визуальные искусства

Моя рабочая гипотеза о «киносказе» основывается на анализе разных стратегий, позволяющих транспозицию приемов литературного сказа в советское немое кино 20-тых годов. Вслед за научными трудами русских формалистов о различении литературной и кинематографической речи я в этой статье стараюсь показать, каким образом жест заменяет слово в специфической системе восприятий, какой является немое кино – например, фильм «Шинель» Козинцева и Трауберга (1926) по повести Гоголя. Размышление об эстетическом и формальном конфликте между сказом и киносказом можно развивать в направлении сценических искусств – балагана и народного театра (от которого отчасти исходит русское кино), мимодрамы («Шинель» Марселя Марсо) или современного эстрадного монолога (моноспектакли М. Задорнова, Е. Гришковца, М. Жванецкого).

Pour citer ce document

Catherine GÉRY, «Du skaz au kinoskaz (réflexions néo-formalistes sur le passage du skaz dans les arts visuels)», Slavica Occitania Numéro 38 - Le littéraire et le visuel dans la culture russe des XXe et XXIe siècles, 2014, p. 107-121.