Slavica Occitania

Bakhtine, Volochinov et Medvedev dans les contextes européen et russe - I. Philosophie et Sciences Humaines

[Sommaire du numéro]

Augusto Ponzio

Dialogue, intertextualité et intercorporéité dans l’œuvre de Bakhtine et du Cercle

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Résumé

Les thèmes qui caractérisent au mieux la recherche de Bakhtine et de son Cercle sont étroitement liés entre eux. Il s’agit d’une part du dialogue examiné par le biais de sa représentation littéraire dans le rapport entre langage quotidien et langue poétique, dans les genres simples du discours et dans les genres littéraires, dans l’idéologie officielle et non officielle, dans la dialectique entre l’inconscient et la conscience et dans les différentes formes du discours rapporté, dans le rapport entre le temps de l’actualité et la « grande temporalité » ; il s’agit d’autre part de l’ intertextualité envisagée dans le rapport du texte avec son contexte proche et lointain, au-delà de la question des « sources » et, donc, par-delà la conscience de l’auteur ; il s’agit enfin de l’ intercorporéité mise en évidence dans le réalisme grotesque de la culture populaire « carnavalesque », qui diverge de la vision du corps individuel, séparé et autosuffisant, dominante aujourd’hui. Le « dialogue » chez Bakhtine n’est pas le fruit d’une initiative ou d’une concession du moi, qui décide d’assumer une attitude d’ouverture et de tolérance envers les autres (comme on l’a souvent compris de manière erronnée), mais équivaut à l’impossibilité de la fermeture, de l’indifférence, du non engagement, toutes choses qui trouvent correspondance et confirmation dans la représentation rabelaisienne du corps grotesque, mais aussi dans l’intertextualité du texte qui se réalise indépendamment de la conscience de l’auteur. La parole est dialogique et intertextuelle à la suite d’une implication passive dans la parole d’autrui ; et le dialogue n’est pas une composition de positions, de points de vue, mais résulte précisément de sa nature réfractaire à toute synthèse, en ce inclus la synthèse illusoire de l’identité même du moi, laquelle est effectivement décomposée dialogiquement, vu qu’elle est inévitablement impliquée dans l’altérité, tout comme la vie du « corps grotesque » est impliqué et dans la vie d’autrui et dans la vie de toute la biosphère.

(Trad. de l’italien par Bénédicte Vauthier)

Pour citer ce document

Augusto Ponzio, «Dialogue, intertextualité et intercorporéité dans l’œuvre de Bakhtine et du Cercle » in Bénédicte Vauthier (éd.) Bakhtine, Volochinov et Medvedev dans les contextes européen et russe, Slavica Occitania, 25, 2007, p. 181-202.