Nacelles
l'aéronautique, le spatial, les choses de l'air et du vide, et leurs environnements au prise des SHS

Brève / Short Story  |  

[Sommaire du numéro / Summary of the current issue]

 

Hélène Fourcade

[Fiche de lecture] Frank Lehot (préface de Jean-François Clervoy), Voler en apesanteur, De Boeck Supérieur, Louvain-la-Neuve, 2020, 256 pages.

Texte intégral

1L’ouvrage de Frank Lehot, médecin, instructeur et navigant les vols Air Zero G de la société française Novespace, permet au profane de découvrir les vols paraboliques, leur histoire, l’aspect scientifique de ce genre d’expérience, et surtout, le côté plus ludique, parfois festif de l’aventure vécue par ceux qui l’ont tentée.

2Plus que le récit du témoignage d’un citoyen lambda que l’on aurait pu suivre tout au long de sa préparation à un vol en zéro G, nous découvrons dans un premier temps une approche pédagogique et explicative des notions de gravité, pesanteur, et apesanteur, propre à éclairer tous ceux que ces concepts scientifiques auraient rebutés.

3L’aspect historique reprend ensuite assez rapidement le dessus, retraçant les premières tentatives de vols en pesanteur réduite dès la Seconde Guerre mondiale avant de faire le lien avec les grands programmes spatiaux des années soixante puis de présenter le développement de ces expérimentations à travers le monde et de décrire les principales caractéristiques techniques des appareils utilisés.

4Finalement, lorsque le lecteur aborde la partie de l’ouvrage qui traite plus concrètement de la récente relative démocratisation des vols paraboliques, il découvre une sorte de vade-mecum qui pourrait s’apparenter à une édition du « guide du routard de la micro-gravité ». Tous les aspects de l’expérience sont évoqués, du planning type de la journée du participant à l’importante question des conditions de sécurité à bord, en passant par les contre-indications médicales et l’éventuel risque de malaise ou de sensation désagréable, assez voisins de la redoutable naupathie. Tous les conseils sont bons à prendre avant de se lancer, donc la partie consacrée aux erreurs à ne pas commettre à bord est la bienvenue pour ceux qui seraient tentés par l’aventure.

5L’aspect financier n’est pas oublié. Les tarifs affichés par les différentes sociétés proposant des vols au grand public peuvent encore faire frémir, mais les illustrations photographiques et les témoignages rapportés nous font rapidement comprendre que l’expérience est encore souvent réservée à une « élite » artistique ou médiatique, dans la plupart des cas dans l’objectif de faire connaître les sociétés proposant ces baptêmes d’apesanteur. Néanmoins, la véritable banalisation de ces vols est en route, mais passe bien entendu par une première phase pendant laquelle les candidats à la microgravité plus ordinaires célèbrent encore une grande occasion, de l’anniversaire au mariage.

6Loin d’être inutile, cet ouvrage nous rappelle qu’au-delà de l’expérience personnelle de la gravité réduite, l’humanité se prépare silencieusement à franchir le pas et à investir peu à peu l’espace d’une autre façon que sous l’aspect purement conquérant dont la marche sur la Lune a été le premier témoignage marquant et hautement symbolique.

7Le pessimiste lira cet ouvrage en pensant que le citoyen ordinaire ne pourra sans doute jamais aller au-delà du vol parabolique. L’optimiste en ressortira ragaillardi, en se disant au contraire qu’un vol parabolique n’est qu’une étape, et qu’il y aura bien, un jour, moyen d’accéder à l’espace, du moins à la proche banlieue terrestre dans un premier temps, en attendant mieux pour les générations futures.

Pour citer ce document

Hélène Fourcade, «[Fiche de lecture] Frank Lehot (préface de Jean-François Clervoy), Voler en apesanteur, De Boeck Supérieur, Louvain-la-Neuve, 2020, 256 pages.», Nacelles [En ligne], Naissance et affirmation du groupe Airbus (années 1960-années 1980), Brève / Short Story, mis à jour le : 15/02/2022, URL : https://revues.univ-tlse2.fr:443/pum/nacelles/index.php?id=1564.

Quelques mots à propos de :  Hélène Fourcade

Doctorante à l’Université Toulouse II Jean-Jaurès, École Doctorale EDAA.
Laboratoires de rattachement : FRAMESPA UMR 5136.
helene.fourcade@univ-tlse2.fr