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N° 005 - Savoirs en circulation dans l’espace atlantique entre les XVIe et XIXe siècles

[Sommaire du numéro]

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Laurent Vidal

Circulations des savoirs et migrations : autour de quelques trajectoires de migrants français dans le Brésil du XIXe siècle

Résumé

Cet article s’attaque à un topos de l’historiographie des relations France-Brésil : l’influence culturelle française au Brésil n’a pas reposé sur un soubassement migratoire. Il fait le pari que la plupart de ces savoirs mobilisés par cette « influence culturelle » (qu’il s’agisse d’inventions, d’adaptations ou de réinventions) surgissent de l’expérience et de l’apprentissage en situation migratoire. Pour évoquer ces relations entre migrations et circulation des savoirs, trois dimensions sont privilégiées : la pratique relativement fréquente en contexte migratoire de migrants s’inventant une compétence professionnelle, où s’articulent projet individuel et inscription collective ; la circulation des savoirs dans le cadre de ce que l’on appelle la step migration (la migration par étapes), pour évaluer la façon dont chaque étape peut être l’occasion d’une reformulation du projet migratoire et ouvrir ainsi à des formes inattendues de circulations de savoirs ; enfin, en partant du constat qu’il est des lieux privilégiés de circulation/acquisition de ces savoirs (à l’exemple des villes-ports), il s’agira d’évoquer le cas de circulations de savoirs bien moins positifs que ceux auxquels on pense d’emblée – qu’il s’agisse de la traite illégale ou de la prostitution.

Texte intégral

1En 1964, dans un ouvrage consacré à la contribution culturelle de l’immigrant au Brésil, l’anthropologue brésilien Manuel Diegues Júnior relevait que « si du point de vue migratoire l’importance française [au Brésil] est presque nulle, dans le champ des idées sa participation a été assez significative1 ». Trente ans plus tard, en 1993, Mario Carelli dédiera un ouvrage à l’histoire des échanges culturels entre la France et le Brésil et reconnaîtra que « les Français n’ont pas fourni une masse conséquente d’immigrés au Brésil2 », reprenant lui aussi ce qui est devenu entretemps un topos de l’historiographie des relations France-Brésil : l’influence culturelle française au Brésil n’a pas reposé sur un soubassement migratoire.

2Il est vrai que les travaux sur les circulations de savoirs font souvent l’impasse sur la dimension migratoire des parcours individuels ou collectifs qui servent de support à ces circulations. Le bel ouvrage de Mario Carelli est symptomatique de ce positionnement, lui qui a pourtant consacré une thèse aux migrations italiennes à São Paulo. Son étude mobilise de grandes figures de médiateurs et de passeurs, sans que jamais la problématique migratoire ne soit questionnée. Ce faisant, il positionne le savoir échangé à un niveau très particulier : celui des idées. Mais les savoirs en jeu dans ces circulations (et le pluriel est ici important) ne relèvent pas forcément toujours de ce que Montaigne appelait le « divin sçavoir ». La plupart de ces savoirs (qu’il s’agisse d’inventions, d’adaptations ou de réinventions) naissent ou surgissent de l’expérience et de l’apprentissage.

3D’où la question qui nourrit cette contribution : qu’observe-t-on, en termes de circulations des savoirs, si l’on se place au ras du sol, c’est-à-dire à une autre échelle que celle traditionnellement adoptée ? La plupart des circulations des savoirs ne relèvent-elles pas du hasard, de l’inattendu, ou encore de la capacité d’un individu à lire les potentialités d’une situation et en tirer profit, dans un contexte de fragilisation sociale induite par la migration ?

4Je propose d’organiser cette réflexion en trois temps de manière à évoquer certains aspects des relations entre migrations et circulation des savoirs : dans un premier temps j’insisterai sur une pratique relativement fréquente en contexte migratoire, celle de migrants s’inventant une compétence professionnelle, où s’articulent projet individuel et inscription collective ; ensuite j’aborderai la question de la circulation des savoirs dans le cadre de ce que l’on appelle la step migration (la migration par étapes), pour évaluer la façon dont chaque étape peut être l’occasion d’une reformulation du projet migratoire et ouvrir ainsi à des formes inattendues de circulations de savoirs ; enfin, en partant du constat qu’il est des lieux privilégiés de circulation/acquisition de ces savoirs (à l’exemple des villes-ports), j’évoquerai le cas de circulations de savoirs bien moins positifs que ceux auxquels on pense d’emblée – qu’il s’agisse de la traite illégale ou de la prostitution.

Migrations, circulation des images et invention de compétences

5En se plaçant à l’échelle des parcours de vie des hommes et des femmes qui sont les supports de ces circulations de savoirs, et en considérant que l’expression « savoirs » peut inclure tout type de connaissances acquises par l’étude ou l’expérience, il est possible de faire une première observation. En situation de migration (qu’elle soit volontaire ou forcée dans le cadre d’un exil) certains individus n’hésitent pas à enjoliver ou s’inventer des compétences pour correspondre aux attentes de la société d’accueil (un immigrant français est souvent vu comme porteur d’une haute culture) afin de s’imaginer de la sorte un nouveau destin. L’articulation de l’échelle individuelle (psychologie) et de l’échelle collective (l’image du groupe) est une donnée essentielle.

6Prenons quelques exemples. On sait désormais que ce que l’on a longtemps appelé « la mission artistique française » de 1816 est une invention a posteriori. Les artistes ne sont pas venus à l’invitation du Prince régent : au contraire ce sont les artistes français qui « se proposaient de venir sur ce continent3 ». C’est Joachim Lebreton (1760-1819), secrétaire de l’Académie des Beaux-Arts de l’Institut de France, qui a offert les services d’un groupe d’artistes, lié au régime napoléonien, et fuyant la Restauration des Bourbons. La « colonie Lebreton » s’est donc auto-organisée depuis la France, avec l’ambition de créer à Rio de Janeiro une Académie similaire à celle existant à Mexico, espérant également obtenir des contrats privés de la part de la noblesse portugaise ou des riches commerçants. On sait que c’est Hippolyte Taunay, le fils du peintre Antoine Taunay, qui a popularisé l’idée de mission artistique. Il n’empêche que c’est bien au moment où ces divers artistes ont pris conscience de leur condition de candidats à l’exil qu’ils ont inventé cette proposition, et qu’une fois sur place ils ont adapté leurs comportements pour créer l’illusion d’une mission qui aurait été conviée dans la cadre d’une transplantation culturelle.

7Prenons un autre cas, celui du paysagiste Auguste Glaziou, dont la renommée au Brésil n’est plus à faire. J’ai rencontré aux archives départementales de la Gironde son passeport pour le Brésil. En 1858, ce natif de Lannion dans les Côtes-du-Nord, âgé de 39 ans et mesurant 1 m 68, cheveux blonds, yeux châtains, déclare aux autorités françaises être « tonnelier et cultivateur4 ». Voilà qui interroge ! Car en 1862, alors qu’il est directeur du Jardin botanique de Rio, il rédigera un long article dans le Correio mercantil pour expliquer sa formation à Paris au Jardin des Plantes auprès des plus importants botanistes du pays… Il venait comme il le dit lui-même d’être attaqué par voie de presse : ses compétences avaient été mises en doute. On sait aujourd’hui qu’il a fréquenté le Jardin des Plantes de Paris, en auditeur libre, et qu’à Bordeaux, il assista aux travaux d’embellissement de la ville auprès du botaniste Durieu de Maisonneuve. Glaziou a donc bien une expérience et pratique autodidacte du paysagisme, mais ce n’est pourtant pas ce qu’il met en valeur au moment d’embarquer puisqu’il indique la profession de tonnelier. Ne mésestimons donc point la capacité d’un migrant à se réinventer un destin, et pour cela à utiliser toutes les ressources possibles, y compris l’image du groupe auquel il appartient (ici, les Français) dans la région d’accueil.

8Prenons un autre cas, celui du paysagiste Auguste Glaziou, dont la renommée au Brésil n’est plus à faire. Or, j’ai rencontré aux archives départementales de la Gironde son passeport pour le Brésil. En 1858, ce natif de Lannion dans les Côtes-du-Nord, âgé de 39 ans et mesurant 1m68, cheveux blonds, yeux châtains, déclare aux autorités françaises être « tonnelier et cultivateur5 ». Voilà qui interroge ! Car en 1862, alors qu’il est directeur du Jardin botanique de Rio, il rédigera un long article dans le Correio Mercantil pour expliquer sa formation à Paris au Jardin des Plantes auprès des plus importants botanistes du pays… Il venait, comme il le dit lui-même, d’être attaqué par voie de presse : ses compétences avaient été mises en doute. On sait aujourd’hui qu’il a fréquenté le Jardin des Plantes de Paris, en auditeur libre, et qu’à Bordeaux, il assista aux travaux d’embellissement de la ville auprès du botaniste Durieu de Maisonneuve. Glaziou a donc bien une expérience et pratique autodidacte du paysagisme, mais ce n’est pourtant pas ce qu’il met en valeur au moment d’embarquer puisqu’il indique la profession de tonnelier. Ne mésestimons donc point la capacité d’un migrant à se réinventer un destin, et pour cela à utiliser toutes les ressources possibles, y compris l’image du groupe auquel il appartient (ici, les Français) dans la région d’accueil.

9Suivons désormais, et ce sera notre troisième cas, le destin de Marie-Joséphine Durocher. Cette jeune fille arrive à Rio de Janeiro accompagnée de sa mère, Anne, en 1816 – elle n’a alors que huit ans6. Toutes deux font partie de ces quelque trois cents immigrés français qui se sont rendus au Brésil, entre 1808 et 1820. Obtenant une aide financière auprès de compatriotes, Anne Durocher va ouvrir la première boutique de tissus français de la ville. Elle s’installe dans le centre de Rio, rua dos Ourives, une petite rue perpendiculaire à la rua do Ouvidor. Anne Durocher emploie cinq esclaves comme couturières, et sa fille comme caissière. Tout en obtenant rapidement une grande réputation, par la qualité des articles de sa boutique tout comme de son accueil, Anne Durocher doit faire face à une rumeur aussi sournoise que destructrice : son aisance viendrait d’autres activités bien moins reluisantes. Ce serait une femme de mauvaise réputation. Est-ce un effet de ces rumeurs ? Toujours est-il qu’à la fin des années 1820 l’activité de la boutique commence à décliner, et en 1829, Anne Durocher, déjà fragilisée par ces insinuations, décède d’une longue maladie. Sa fille lui succède, mais trois ans plus tard, après deux grossesses et le décès de son mari, criblée de dettes, elle abandonne la boutique. Cherchant un moyen de faire vivre sa famille, elle décide de suivre une toute nouvelle formation dispensée par la Faculté de Médecine de Rio : des cours d’accouchement. L’idée lui est venue par les conversations qu’elle avait pu avoir avec deux jeunes sages-femmes françaises qui ont résidé quelque temps chez sa mère. Et c’est ainsi que Madame Durocher deviendra la première diplômée de ces cours d’accouchement. Elle n’oublie pas de l’annoncer d’ailleurs dans le Jornal do comércio (2 décembre 1834) : « Marie-Joséphine Mathilde Durocher, annonce au public qu’après avoir fini son cours d’accouchement à l’Académie Médico-Chirurgicale de Rio de Janeiro, elle a été admise le 25, à la suite de son examen, offrant par conséquent ses services à celles qui en ont besoin, sans excepter personne, quelle que soit sa condition, ayant comme seule ambition d’accomplir avec dignité les devoirs que le titre de sage-femme lui impose ». Ce diplôme acquis, Marie-Joséphine décide d’adopter la nationalité brésilienne et prend la décision de ne plus s’habiller qu’en homme. Quoi qu’il en soit, rapidement, elle acquiert une telle réputation que la famille impériale recourt à ses services. Au total, ce sont environ 5 500 accouchements qu’elle aura réalisés tout au long de sa carrière.

10Ces trois exemples illustrent la façon dont l’expérience du déplacement (immigration ou exil) signifie d’abord une rupture avec des cadres anthropologiques traditionnels, qui pouvaient être vécus de manière contraignante. Voilà pourquoi certains peuvent appréhender le déplacement sous le signe de l’émancipation, et n’hésitent pas pour cela à s’inventer un destin nouveau – qui correspond à la fois à un désir personnel et à une lecture des potentialités de la région d’accueil, et qui peut être aussi le fruit du hasard et de rencontres inattendues.

Circulation des savoirs et step migration

11Je voudrais maintenant proposer un autre angle d’étude : observer la circulation des savoirs dans le cadre de ce que l’on appelle la step migration7. De quoi s’agit-il ? Simplement de reconnaître que la migration fonctionne par étapes et qu’elle ne peut être réduite à une ligne droite entre un point de départ et un point d’arrivée. Chacune de ces étapes, marquées par une temporalité et une spatialité spécifiques, peut modifier le projet migratoire, et, en ce qui concerne la circulation des savoirs, ouvrir parfois des brèches inattendues.

12Quelques exemples me permettront d’illustrer cela. Commençons avec la « trajectoire tortueuse8 » de Guido Marlière, un officier royaliste français né à Jarnages en 1767, engagé dans la guerre de Vendée, exilé en Angleterre, et que l’on retrouve quelque temps plus tard parmi les troupes portugaises luttant contre les armées napoléoniennes. En raison des services rendus à la couronne lusitanienne, il fera partie des troupes accompagnant la Cour portugaise au Brésil (1808), où il sera incorporé aux troupes du Prince régent comme porte-étendard de cavalerie. En 1811, il est envoyé, avec son épouse, à Vila Rica, capitale de la capitainerie de Minas Gerais, où il reçoit à titre gracieux un terrain où s’installer. Ce séjour sera marqué du sceau de la misère et de la suspicion : il est même emprisonné en raison de possibles positions napoléoniennes. Ce n’est qu’en 1816 qu’il recouvrera la liberté : il sera promu capitaine du régiment de cavalerie et on l’enverra pacifier les Indiens Botocudo dans la région connue sous le nom de zona da mata. En 1824, il obtiendra même le titre de directeur général des Indiens de Minas Gerais, ce qui lui permettra de fonder des villes et des écoles, ouvrir des routes… Cette fréquentation des Indiens lui permettra de rédiger en 1831 le premier dictionnaire portugais/botocudo (dictionnaire dont existe, à ma connaissance, un seul exemplaire manuscrit, à la Bibliothèque Nationale de Rio de Janeiro9). Une succession de hasards et de déplacements a donc amené ce militaire à devenir l’un des plus fins connaisseurs de la culture Botocudo, ses travaux servant par la suite de base à de nombreux ethno-historiens10.

13L’histoire de Ferdinand Denis fournit un autre cas particulièrement intéressant. En 1816, ce jeune homme d’à peine 18 ans, dont la famille d’origine bourgeoise est désargentée, est envoyé par son père au Brésil arracher à cette terre la dot de sa sœur Cisca11. Autant dire que le projet ne fonctionne pas, ce qui conduit à son retour en France trois ans après. Et pour autant, au fur et à mesure de ses échecs, c’est une autre passion qui le saisit : le Brésil et son histoire. Le vrai trésor de sa vie ne se trouvait pas dans les mines de Bahia, où il s’est un temps aventuré, mais dans les archives de France notamment. Et Ferdinand Denis, devenu conservateur de la Bibliothèque Sainte-Geneviève, jouera un rôle essentiel dans la structuration des premières recherches historiques sur le Brésil, grâce à l’exhumation d’archives nouvelles (comme la fameuse fête brésilienne de Rouen en 1550…). Ici donc, l’échec de son projet migratoire (qui permet toutefois au jeune homme de s’émanciper de la tutelle du père) lui ouvre d’autres possibilités : de retour en France, Denis renaît brésilianiste ! Et nous pouvons aujourd’hui considérer qu’il a posé les bases, notamment en compagnie du diplomate et historien Francisco Adolfo de Varnhagen avec qui il entretenait une correspondance régulière, de la première histoire scientifique du Brésil. Dès lors, on peut s’interroger sur la portée de son échec migratoire initial.

14Évoquons aussi Hercule Florence, venu comme dessinateur dans le cadre de la mission Langsdorff (1825-1829), et qui décide de rester dans la province de São Paulo à la fin de l’expédition. Installé dans le village de São Carlos, alors totalement isolé, et « pénétré de la beauté des dessins que présente la chambre obscure, je me suis dit : n’y aurait-il pas un moyen de fixer ces dessins ? Ne pourrait-on obtenir les dessins de tous les objets sans travail intellectuel et sans emploi d’autant de temps qu’il en faut12 ? ». Il avait en effet eu vent, durant l’expédition Langsdorff, d’informations sur les propriétés du nitrate d’argent pour fixer les jeux de la lumière, et lorsqu’un ami pharmacien lui demande de l’aider à préparer des vignettes pour ses fioles, il fait le lien entre ses préoccupations et cette demande : c’est ainsi qu’il est le premier à parler de photographie13. Nous sommes en 1833. Je rappelle que Niepce a réalisé la première héliogravure en 1827 et qu’elle n’a retenu l’attention de personne. Alors que l’invention de Daguerre, en 1839, sera largement diffusée, notamment suite à un discours à l’Académie des Sciences de François Arago. Or le document que rédigera Florence pour tenter de diffuser jusqu’en Europe sa découverte restera lettre morte. C’est seulement en 1977 que Boris Kossoy découvrira le manuscrit de Florence14. Ce cas serait plutôt une antithèse : il y a bien eu circulation de savoirs (sur les propriétés du nitrate d’argent), mais il n’y a pas eu circulation de l’invention.

15Prenons un dernier exemple : j’ai eu l’occasion de travailler sur l’histoire du phalanstère de Sahy, une communauté fouriériste projetée dans la province de Santa Catarina, à partir de 1841-1842, et suscitant le déplacement de quelque cinq cents immigrants français15. À peine arrivés, le ciment communautaire s’écaille et les premiers désistements voient le jour. En 1846, l’expérience est définitivement achevée, et la communauté dissoute. Alors, échec du projet ? Du projet de communauté, oui, mais sûrement pas du projet migratoire. Certains vont rester dans l’Empire et y avoir un rôle important. Ainsi est-ce le cas de Benoit Mure, l’un des fondateurs du phalanstère, qui retourne à Rio de Janeiro vers le mois de mars 1843, où il se consacre à fonder le premier institut d’homéopathie du Brésil. L’histoire se terminera assez mal pour lui, car il doit quitter le Brésil en 1846 après des propos considérés comme irrespectueux envers l’empereur (et jamais, même après sa mort, il ne récupèrera ce titre : en 1972, alors qu’un piédestal en hommage aux fondateurs de l’homéopathie a été installé dans un parc de la ville, cinq noms y figurent, mais pas le sien16). Pour revenir au domaine de la photographie, Henri Domère s’installera comme graveur avant d’ouvrir une boutique de revente d’appareils pour la prise de vue photographique. Lui-même se pique de photographie puisqu’il recevra même la médaille d’honneur du concours agricole pour « ses photographies représentant tous les points de vue du Jardin Botanique, qui lui ont été commandées par la Commission organisatrice de l’Exposition nationale et envoyées à l’Exposition universelle » de Paris en 1867. On pourrait citer d’autres parcours de vie, plus ou moins teintés de succès ou d’échec. Il n’empêche. Le constat demeure : ces exemples illustrent la façon dont, à chaque étape, se reconfigure le projet migratoire et donc la possibilité de se réinventer un autre destin – notamment par une nouvelle circulation des savoirs.

Dans les villes-ports, d’autres circulations de savoirs

16Il reste, pour finaliser cette réflexion, à insister sur un nouvel aspect de ces circulations de savoirs : il est des lieux privilégiés de circulation/acquisition de ces savoirs (à l’exemple des villes-ports). Or une ville-port n’est pas qu’une ville-lumière, elle est faite aussi de bas-fonds, où grouillent tout un tas d’individus louches et où se règlent de sordides trafics et affaires.

17Ceci m’amène à poser une question : de quoi parle-t-on avec la notion de savoir ? ne doit-il s’agir que de savoirs scientifiques ou à haute valeur ajoutée ? Les savoirs vernaculaires ne doivent-ils pas aussi être pris en compte dans ces circulations de savoirs ? Mais allons plus loin : cette notion ne doit-elle être pensée que de manière positive ? Ces savoirs ne peuvent-ils être aussi porteurs d’idéaux négatifs ?

18Je vais prendre deux exemples.

19Le premier concerne le groupe des fondateurs du phalanstère de Sahy, que le consulat de France à Rio a désigné, après l’échec de la communauté, sous l’expression imagée des « dispersés de Sahy ». C’est dans ce port de Santos qu’un autre consul de France, Milliet de Saint-Adolphe, a eu connaissance de cette histoire qui commence en juillet 184317. Un capitaine au long cours commande un « mauvais yacht de 24 tonneaux », l’Espírito Santo, avec un « équipage de 7 hommes, lui compris, dont trois Français anciens dispersés de Fourier ». Voici donc trois anciens phalanstériens, qui ont quitté Sahy avant sa dissolution, bien décidés à prendre en main leur destin, refusant de se résigner devant la situation, ou de courber à nouveau l’échine. C’est dans de telles dispositions psychologiques qu’ils ont dû arriver à Santos. Or le port de Santos est l’une des plaques tournantes du trafic d’esclaves au Brésil : ainsi que l’explique Hamilton Hamilton, le ministre plénipotentiaire anglais à Rio de Janeiro, Santos est devenu, depuis que le gouvernement impérial a limité les expéditions négrières au départ de Rio, « le grand rendez-vous des bateaux de trafiquants, en raison des protections apportées par les autorités locales ». Quand on sait comment s’organise un voyage de traite, on prend la mesure des contacts que ces trois dispersés ont dû tisser dans ce port de tous les trafics avant de se lancer en direction des côtes africaines. Il leur a d’abord fallu trouver une embarcation, puis s’enquérir de la cargaison nécessaire pour pouvoir, une fois en Afrique, « acquitter entre les mains du roi le droit dit de coutume, ou de douanes, composé généralement de huit pièces de toile, et de deux à chacun de ses mafouques et mangoves, ses ministres et chambellans », sans oublier les tafias et verroteries, mais aussi les bagatelles, à savoir couteaux, sabres et poudre, qui serviront à payer l’achat des esclaves. Par ailleurs, comme depuis quelques années déjà les patrouilleurs anglais et étasuniens se livrent à un contrôle strict des côtes africaines, détruisant systématiquement les installations en dur servant à la traite, il faut que chaque expédition prévoie de transporter le matériel nécessaire pour la construction d’une cabane sur place. Outre ces marchandises et autres fournitures, nos apprentis trafiquants ont dû également s’enquérir précisément des points de traite en Afrique qui permettent d’échapper au contrôle anglo-américain. En somme, tout indique que cette expédition est le résultat d’une longue immersion dans l’univers des trafiquants à Santos. Nos trois dispersés, dont le nom ne nous est malheureusement pas connu, se sont retrouvés au cœur d’une bien peu recommandable circulation de savoirs.

On pourrait évoquer un autre cas – à Rio de Janeiro cette fois, où la présence française s’articule également autour de lieux de sociabilité spécifiques18. Citons l’Alcazar, cabaret fondé par Joseph Arnaud, qui voulait en faire une maison de spectacle comparable aux cabarets parisiens. Ce théâtre connut plusieurs noms durant son existence : Théâtre Lyrique Français, Theatro Francez, Alcazar Lyrico Fluminense et Alcazar Fluminense. Situé rua do Vala (actuelle rua Uruguaiana), il fut inauguré le 17 février 1859. Le comte de Gobineau, alors consul de France à Rio de Janeiro, note que « L’Alcazar est les Folies Bergères de Rio : on boit, on fume et on se promène sans perdre une seule parole de la pièce ». L’Alcazar, que fréquente la bonne bourgeoisie carioca, a contribué à remodeler les habitudes de la ville et à propager le goût pour les spectacles légers : vaudevilles, opérettes, chansonnettes, mais aussi, bals masqués. Il n’était d’ailleurs pas rare que les hommes aillent assister au spectacle, au bras d’une prostituée, d’une cocotte comme l’on disait à l’époque. Gobineau n’est pas dupe : « Toute la vie se passe dans un affreux théâtre appelé l’Alcazar, où chaque paquebot apporte quelque vieille actrice de la province française, laquelle ne manque pas de révolutionner la ville ». Ainsi, en 1864, Aimée est-elle non seulement l’étoile de l’Alcazar, mais elle est également connue en dehors du théâtre comme le petit démon blond, faisant tourner en enfer de nombreux foyers. Commerce du plaisir et plaisir du commerce vont bien souvent ensemble, à l’exemple du restaurant Le Paris où, après que les salles de spectacle ont fermé leurs portes, de vieux brillantinés (banquiers, hommes d’affaires) s’offraient, le temps d’une nuit, une nouvelle jeunesse avec force cocotte, champagne et cigares.

20Cet exemple me permet d’évoquer un autre aspect de la circulation des savoirs. Parmi les expressions françaises entrées dans le lexique portugais du Brésil, il y a, et cet aspect est plutôt bien connu19, tout un ensemble de mots qui relèvent d’un usage précieux à des fins de distinction sociale. L’origine de ces mots français me semble alors double : soit ils ont été ramenés et diffusés par des Brésiliens ayant voyagé à Paris, soit ils se sont imposés suite à la fréquentation de la littérature ou des périodiques français par une élite voulant s’européaniser. Mais il est d’autres mots ou expressions d’origine française qui n’entrent pas dans ce modèle. Ne pourrait-on imaginer que ce monde de la prostitution et des spectacles légers ait pu aussi contribuer à l’intégration de nouveaux mots ? Je pense à l’expression « ménage à trois », typique du théâtre de boulevard, « peinture de la cruauté de société bourgeoise, masquée sous le rire20 » : les trois personnages essentiels des vaudevilles sont en effet le mari, la femme et l’amant, qui se succèdent rapidement sur scène, se croisent sans se voir, et donnent naissance à la fameuse réplique : « Ciel, mon mari ! ». On le comprend, c’est ici l’adultère qui est évoqué, et non point l’idée d’une partie fine à trois que lui a attribué la langue portugaise du Brésil. Le truchement qui a permis l’intégration de cette expression en en changeant le sens pourrait bien se trouver parmi le public masculin venant s’encanailler dans des maisons de spectacle comme l’Alcazar, au bras d’une cocotte, avant de poursuivre la nuit dans d’autres lieux de débauche cette fois.

21Ces deux exemples illustrent des cas de circulations de savoirs qui opèrent à un niveau plus souterrain, et qui pour cela ne sont pas forcément mis en lumière. Pour autant, il serait dommage de ne pas les prendre en compte dans une étude exhaustive des savoirs en circulation.

En forme de conclusion

22Que peut-on retenir de ces différentes situations ?

23Soulignons d’abord le point central de cette étude : ce qui circule, ce sont d’abord les hommes et les femmes plutôt que les savoirs. Dès lors, il paraît plus judicieux de parler de circulation des hommes et des femmes porteurs de savoirs ou faisant, au cours de leur migration, l’acquisition d’un savoir. Et il convient ici d’insister sur l’importance de certains lieux, tels les villes ports, qui se présentent comme de véritables nœuds de circulations. Mais tous ces savoirs en circulation ne sont pas « positifs » : le savoir de la traite illégale, qui fait partie de cette catégorie, peut ainsi être considéré comme une ressource économique acquise dans un contexte de fragilité sociale. N’oublions pas non plus que l’isolement peut être un facteur d’invention : c’est le cas d’Hercule Florence, pour lequel l’absence de circulation d’information est la toile de fond de son invention. Voilà pourquoi mettre l’inattendu au cœur de ces circulations offre d’autres lectures possibles.

24Nous avons également mis en lumière un lien entre l’échec d’un projet migratoire initial et l’acquisition/invention d’un nouveau savoir. À ce sujet, on a pu noter chez certains l’existence d’une forme de stratégie sociale qui consistait à s’inventer un métier valorisé dans la société brésilienne de l’époque, en jouant pour cela sur l’image de la France.

25Un dernier point concerne le rapport aux sources : la plupart des historiens travaillant sur les circulations atlantiques de savoirs ont fondé leurs enquêtes sur des récits – directs ou indirects – dans lesquels l’inventeur ou le passeur se met ou est mis en scène. En somme, il y a donc un biais initial que même une lecture critique a bien du mal à corriger. Seule la lecture d’autres sources (judiciaires par exemple) permet d’avoir accès à d’autres modalités de circulations et d’acquisitions des savoirs. Voilà qui pourrait constituer un beau défi pour les futurs historiens de ces échanges et circulations de savoirs entre France et Brésil.

Bibliographie

Archives

Archives Départementales de Gironde, passeport pour l’étranger (4 M 747/86).

Ouvrages

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Articles

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Marlière, Guido Thomaz, Revista do Archivo Público Mineiro, année 10, n° 2, juil.-déc. 1905, p. 382-668.

Mott, Maria Lúcia, « Une sage-femme franco-brésilienne à Rio de Janeiro au XIXe siècle », Clio. Femmes, Genre, Histoire [En ligne], 19|2004, mis en ligne le 23 août 2013, consulté le 26 novembre 2019. URL : http://journals.openedition.org/clio/658

Saillard, Denis, « Le théâtre de boulevard à la Belle Époque en France et en Italie », Vingtième Siècle. Revue d'histoire, 2007/1 (no 93), p. 15-26.

Notes

1 Diegues Júnior, Manuel, Imigração; urbanização e industrialização estudo sôbre alguns aspectos da contribuição cultural do imigrante no Brasil, Rio de Janeiro, Centro Brasileiro de Pesquisas Educacionais, Instituto Nacional de Estudos Pedagógicos, Ministério da Educação e Cultura, 1964, p. 358.

2 Carelli, Mario, Cultures croisées. Histoire des échanges culturels entre la France et le Brésil, de la Découverte aux Temps Modernes, Paris, Nathan, 1993, p. 99.

3 Dans une dépêche datée de 1815, Brito sollicite les consignes de la diplomatie portugaise au sujet des artistes français qui « se proposaient de venir sur ce continent » pour développer un projet d’enseignement artistique dans le domaine de l’industrie et des arts et qui, par conséquent, « désiraient un appui financier dont ils avaient besoin » pour entreprendre le voyage jusqu’à Rio de Janeiro (Ofício [dépêche] n° 22, Institut des archives nationales, Torre do Tombo, Lisbonne), apud Telles, Patrícia Delayti, « Uma carta inédita do cavaleiro Brito e a criação do mito de uma “missão” francesa. », in Cavalcanti, Ana ; Malta, Marize ; Pereira, Sonia Gomes (dir.), Modelos na arte: histórias de Escolas de Belas Artes. 200 anos da Escola de Belas Artes do Rio de Janeiro, Rio de Janeiro, Ed. Nau/EBA-UFRJ, p. 5-22.

4 Archives Départementales de Gironde, passeport pour l’étranger (4 M 747/86).

5 Id

6 Voir à ce sujet l’article de Maria Lúcia Mott, dont je m’inspire ici : « Une sage-femme franco-brésilienne à Rio de Janeiro au XIXe siècle », Clio. Femmes, Genre, Histoire [En ligne], 19|2004, mis en ligne le 23 août 2013, consulté le 26 novembre 2019. URL : http://journals.openedition.org/clio/658

7 Voir à ce sujet : Conway, Dennis, « Step-Wise Migration: Toward a Clarification of the Mechanism ». International Migration Review, 1980, vol. 14, n° 1, p. 3-14 ; Anju, Mary Paul, « Stepwise International Migration: A Multistage Migration Pattern for the Aspiring Migrant », American Journal of Sociology, 2011, vol. 116, n° 6, p. 1842-1886.

8 Aguiar, José Otávio, Memórias e Histórias de Guido Thomaz Marlière (1808-1836). A transferência da corte portuguesa e a tortuosa trajetória de um revolucionário francês no Brasil, EDUFCG, 2012, 433 p.

9 Marlière, Guido, Vocabulário português-Botocudo, 1833, 31 fl., BNRJ.

10 Voir à ce sujet : Marlière, Guido Thomaz, Revista do Archivo Público Mineiro, année 10, n° 2, juil.-déc. 1905, p. 382-668.

11 Voir, à ce sujet, mon article : « Ferdinand Denis, observateur de la société brésilienne (1816-1837) », in Bertrand, M. ; Vidal, L. (dir.), À la redécouverte des Amériques : les voyageurs européens au siècle des indépendances, Toulouse, Presses Universitaires de Toulouse le Mirail, 2002, p. 237-252.

12 Florence, Hercule, Photographie ou imprimerie à la lumière, 1833.

13 Idem.

14 Kossoy, Boris, Hercule Florence. La découverte isolée de la photographie au Brésil, Paris, L’Harmattan, 2016.

15 Vidal, Laurent, Ils ont rêvé d’un autre monde. 1841. 500 Français partent au Brésil fonder un nouvel Éden, Paris, Flammarion, 2014 (cf. p. 301-310 et p. 279-284).

16 « Aos hanemanianos », 1972, Praça Tobias Barreto, Vila Isabel : http://inventariodosmonumentosrj.com.br/?iMENU=catalogo&iiCOD=815&iMONU=Aos%20Hahnemannianos%20-%20Rodrigues%20Galhardo,%20Joaquim%20Murtinho,%20Lic%C3%ADnio%20Cardoso,%20%20Braga%20e%20Costa%20e%20Dias%20da%20Cruz

17 Voir Vidal, Laurent, Ils ont rêvé d’un autre monde, op. cit., p. 292-297.

18 Je m’appuie ici sur l’étude de Lená Medeiros de Menezes, Os estrangeiros e o comércio do prazer nas ruas do Rio (1890-1930), Rio de Janeiro, Arquivo Nacional, 1992.

19 On peut regretter toutefois qu’aucun linguiste n’ait tenté une histoire des mots et expressions françaises entrés dans la langue portugaise du Brésil.

20 Voir à ce sujet : Saillard, Denis, « Le théâtre de boulevard à la Belle Époque en France et en Italie », Vingtième Siècle. Revue d'histoire, 2007/1 (no 93), p. 15-26.

Pour citer ce document

Laurent Vidal, «Circulations des savoirs et migrations : autour de quelques trajectoires de migrants français dans le Brésil du XIXe siècle», Reflexos [En ligne], N° 005, Savoirs en circulation dans l’espace atlantique entre les XVIe et XIXe siècles, mis à jour le : 30/11/2020, URL : https://revues.univ-tlse2.fr:443/reflexos/index.php?id=728.