Sociocriticism

XXXVI – 2 Multitudes Transféministes : convergences, alliances, intersectionnalités

XXXVI – 2 Multitudes Transféministes : convergences, alliances, intersectionnalités / “Multitudes Transfeministas: convergencias, alianzas, interseccionalidades” / Transfeminist Multitudes: convergences, alliances, intersectionalities

Karine Espineira, LEGS, Université Paris 8 (coord.)

Appel

L’usage du pluriel quand on parle de transféminisme répond à la question de l’hétérogénéité des mouvements trans inscrits dans les luttes féministes. L’histoire de l’inscription des personnes trans dans les luttes féministes, pour elles-mêmes et toutes les femmes, trouve probablement ses prémisses avec l’activisme « post Stonewall » avec Silvia Rivera (1951-2002) et Marsha P. Johnson (1946-1992), mais aussi dans l’activisme des années 1990 avec Sandy Stone, Kate Bornstein ou encore Riki Anne Wilchins, jusqu’aux développements plus récents de Julia Serano à la suite d’Emi Koyama. Le terme est attribué généralement à Emi Koyama et Diana Courvant, qui l’ont forgé dans le cadre de leurs travaux intersectionnels sur l’intersexualité, le handicap et la survie à la violence sexuelle (Stryker y Bettcher 2016, 11).

Incontournable est de fait, la référence au Manifeste Transféministe d’Emi Koyama, activiste, artiste et chercheure indépendante nippo-américaine. L’article a bénéficié de plusieurs écritures et publications (2000-2003). Dès les premières lignes, il indique que le temps était venu pour les femmes trans de prendre ouvertement part à la révolution féministe (Koyama, 2003, 244). Les analyses francophones notamment, retiennent ainsi qu’Emi Koyama a défini le transféminisme comme « mouvement fait par, et pour, les femmes trans qui voient leur libération comme devant être intrinsèquement liée à la libération de toutes les femmes, et au-delà » (op.cit., 245). Dans les analyses francophones, l’ouverture proposée par Emi Koyama et Diana Courvant (Transfeminism.org) aux personnes queers, intersexes, hommes trans, femmes et hommes non-trans et allié·es, est parfois minimisée avec une certaine propension à restreindre ainsi les analyses à la seule notion de misogynie (transphobie et misogynie) et à se cantonner aux seules origines nord-américaines.

Cependant, on ne peut ignorer les multiples émergences et développements à travers le monde et particulièrement dans l’aire hispanophone, où le terme existe déjà dans l’Espagne des années 1980 (Garriga-López, 2019, 1619) et où des féministes plaidaient pour un féminisme trans-inclusif (Fernández Garrido y Araneta 2017). Le transféminisme est devenu une sous-culture d’un mouvement plus large comprenant des résistances « au capitalisme néolibéral », « aux mesures d’austérité » articulées avec des « des politiques antiracistes », « post-coloniales », « critiques des politiques migratoires », et avec des « mouvements sociaux sans dirigeants » (comme les indignés) et la scène postporn qui visait à s’approprier et à subvertir le milieu de la pornographie (Garriga-López, ibid.).

On note bien que les origines et préoccupations anglo-saxonnes sont débordées et qu’il convient d’approcher avec sérieux d’autres perspectives transféministes. Qui en sont les actrices, voire les acteurs ? Ces transféminismes d’autres hémisphères, d’autres langues, cultures et contextes sociaux historiques, sont-ils construits sur l’idée de convergence des luttes et animés par l’intersectionnalité ? Parlons-nous de féminisme trans-inclusifs et de transféminismes créant et ouvrant « des espaces et des champs discursifs à toutes les pratiques » (Valencia, 2019) tout en luttant énergiquement contre le recyclage néolibéral et le féminisme universaliste aux rhétoriques antitrans ?

L’activiste et chercheuse transféministe mexicaine, Sayak Valencia, nous oriente sur quatre pistes pour penser les différentes histoires et les influences au sein des mouvements transféministes ou du Transféminisme comme « réseau global » : 1/ Les féminismes afro-américain. 2/ Les sous-cultures anticapitalistes et post-porno en Espagne. 3/ Le mouvement pro-dépathologisation pour en finir avec la pathologisation des personnes trans et intersexe. 4/ Les engagements en faveur des migrants et des personnes précaires et/ou marginalisées socialement (Valencia, 2014).

Le dossier « Multitudes Transféministes : convergences, alliances, intersectionnalités », se donne ainsi deux objectifs principaux. Le premier consiste à dépasser les approches communes centrées sur les aires anglo-saxonnes et d’explorer les spécificités des aires hispanophones et lusophones en particulier. Le second objectif, nous amène à considérer la notion de transféminisme comme une épistémologie, une théorie de la connaissance et du pouvoir, « guidant un large éventail de pratiques transféministes » (Garriga-López, 2019, 1621).

Des approches critiques des liens entre différentes formes et définition des transféminismes sont les bienvenues.

Calendrier et contact

Date des propositions : 31 mai 2022

Date des réponses : 30 juin 2022

Date des rendus pour évaluation : 30 septembre 2022

Date des versions finalisées : 30 novembre 2022

Contact : karine.espineira@cnrs.fr

Convocatoria

El uso del plural cuando hablamos de Transfeminismo corresponde a la heterogeneidad de los movimientos trans que se inscriben en las luchas feministas. La historia de la inscripción de las personas trans en las luchas feministas, para si mismas y todas las mujeres, encuentra probablemente sus premisas en el activismo “post Stonewall” con Silvia Rivera (1951-2002) y Marsha P. Johnson (1946-1992), pero también en el activismo de los años 1990 con Sandy Stone, Kate Bornstein o Riki Anne Wilchins, y en los desarrollos más recientes de Julia Serano que siguió a Emi Koyama. El término es generalmente atribuido a Emi Koyama y Diana Courvant, quienes lo acuñaron en el marco de sus trabajos interseccionales sobre la intersexualidad, la discapacidad y la supervivencia después de la violencia sexual (Stryker y Bettcher 2016, 11).

Ineludible es, de hecho, la referencia al Manifiesto Transfeminista de Emi Koyama, activista, artista e investigadora independiente nipó-estadounidense. El artículo ha sido varias veces reescrito y publicado (2000-2003). Desde sus primeras líneas indica que ya llegó el tiempo de que las mujeres trans tomen parte abiertamente en la revolución feminista (Koyama, 2003, 244). Los análisis francófonos en particular recuerdan que Emi Koyama definió el transfeminismo como “un movimiento por y para las mujeres trans quienes consideran su liberación intrínsecamente vinculada a la de todas las mujeres y más” (Koyama [2003], 2020). En los análisis francófonos, la apertura que propusieron Emi Koyama y Diana Courvant (Transfeminism.org) a las personas queer, intersex, hombres trans, mujeres y hombres no trans y aliades, es a menudo minimizada con una determinada propensión a restringir así los análisis a la única noción de misoginia (transfobia y misoginia) y a limitarse únicamente a los orígenes estadounidenses.

Sin embargo, no podemos ignorar los múltiples surgimientos y desarrollos que se dieron en el mundo, y especialmente en el área hispanófona, donde el término existe ya en la España de los años 1980 (Garriga-López, 2019, 1619) y donde las feministas abogaban por un feminismo trans-inclusivo (Fernández Garrido y Araneta 2017). El transfeminismo se ha convertido en sub-cultura de un movimiento más amplio, integrando resistencias “al capitalismo neoliberal” y “a las medidas de austeridad”, articuladas con “políticas antirracistas”, “postcoloniales”, “críticas respecto a las políticas migratorias”, “con movimientos sociales sin dirigentes” (como los Indignados) y con la escena postporn que buscaba apropiarse del medio pornográfico y subvertirlo (Garriga-López, ibid.).

Notamos que los orígenes y las preocupaciones anglo-sajonas se ven desbordadas y que conviene acercarse seriamente a otras perspectivas transfeministas. ¿Quiénes son las actrices o quizás los actores de esos pensamientos? Esos transfeminismos en otros hemisferios, otras lenguas, culturas y contextos socio-históricos, ¿se construyen sobre la idea de convergencia de las luchas y animados por la interseccionalidad? ¿Hablamos de feminismo trans-inclusivo y de transfeminismos creando y abriendo “espacio y campos discursivos a todas las prácticas” (Valencia, 2019) mientras luchamos enérgicamente en contra el reciclaje neoliberal y el feminismo universalista que fomenta retóricas antitrans?

La activista investigadora transfeminista mexicana Sayak Valencia, nos brinda cuatro orientaciones para pensar las distintas historias e influencias en el seno de los movimientos transfeministas o del Transfeminismo como “red global”: 1/ Los feminismos afroamericanos. 2/ Las subculturas anticapitalistas y post-porno en España. 3/ El movimiento a favor de la despatologización, para acabar con la patologización de las personas trans e intersex. 4/ Los compromisos en defensa de les migrantes y personas precaries o socialmente marginades (Valencia, 2014).

El dossier “Multitudes Transfeministas: convergencias, alianzas, interseccionalidades” se da entonces dos objetivos principales. El primero consiste en rebasar las aproximaciones más frecuentes centradas en las áreas anglo-sajonas y explorar las especificidades de las áreas hispanófonas y lusófonas en particular. El segundo objetivo nos lleva a considerar la noción de transfeminismo como una epistemología, una teoría del conocimiento y del poder “guiando un amplio abanico de prácticas transfeministas” (Garriga-López, 2019, 1621).

Se acogerán con mucho interés los acercamientos críticos a las relaciones entre distintas formas y definiciones de los transfeminismos.

Calendario y contacto

Fecha de entrega de los resúmenes: 31 de mayo 2022

Fecha de respuesta: 30 de junio 2022

Fecha de entrega de los artículos para evaluación: 30 de septiembre 2022

Fecha de entrega de las versiones definitivas: 31 de noviembre 2022

Contacto : karine.espineira@cnrs.fr

Call for papers

The use of the plural when speaking about transfeminism provides an answer to the question of the heterogeneity of trans movements as part of feminist struggles. The history of the participation of trans people in feminist struggles, for themselves and for all women, probably started with "post Stonewall" activists Silvia Rivera (1951-2002) and Marsha P. Johnson (1946-1992). It then developed with the 1990s activists such as Sandy Stone, Kate Bornstein or Riki Anne Wilchins, up to the more recent work by Julia Serano in the wake of Emi Koyama’s “Transfeminist Manifesto”. The term is generally attributed to Emi Koyama and Diana Courvant, who coined it in the context of their intersectional work on intersexuality, disability, and survival to sexual violence (Stryker and Bettcher 2016, 11).

The reference to Japanese American activist, artist, and independent researcher Koyama’s “Transfeminist Manifesto” cannot be overlooked. The article was written and published several times (2000-2003). From the very first lines, it indicates that the time has come for trans women to openly take part in the feminist revolution (Koyama, 2003, 244). In particular, Francophone analyses note that Emi Koyama defined transfeminism as "a movement by and for trans women who view their liberation to be intrinsically linked to the liberation of all women and beyond." (op. cit., 245). In Francophone analyses, the opening of transfeminism to “other queers, intersex people, trans men, non-trans women, non-trans men, and others who are sympathetic toward needs of trans women and consider their alliance with trans women to be essential for their own liberation” proposed by Emi Koyama and Diana Courvant (Transfeminism.org) is sometimes downplayed, with a tendency to restrict analyses to the notion of misogyny (transphobia and misogyny) and to restrict its origins to North America.

However, one cannot overlook the multiple emergences and developments around the world and particularly in the Spanish-speaking area. The term was already in use in Spain in the 1980s (Garriga-López 2019, 1619) when feminists were advocating for a trans-inclusive feminism (Fernández Garrido and Araneta 2017). Transfeminism has become the subculture of a broader movement that takes a firm stand against “neoliberal capitalism”, “austerity measures”, and that hinges on “anti-racist”, “post-colonial”, policies that are “critical of migration policies”, and is composed of "leaderless social movements" (such as the Indignados, the anti-austerity movement in Spain) and the postporn scene that aimed to appropriate and subvert traditional pornography (Garriga-López ibid).

As this goes well beyond the areas covered by Anglo-American scholarship, it is necessary to explore new transfeminist perspectives. Who are the key players of this movement? Do the transfeminisms from the other regions of the world, and from other linguistic, cultural, historical and social contexts rely on the idea that they are fighting the same struggles? Do they all rely upon intersectional perspectives? What is meant by trans-inclusive feminisms? Is it about transfeminisms that create and open “spaces and discursive fields to all practices” (Valencia, 2019) while vigorously fighting against neoliberal distortions and against those strands of feminism that contain strong anti-trans sentiments?

Mexican activist and transfeminist scholar, Sayak Valencia, suggests four paths to think about the different histories and influences within the transfeminist movements or Transfeminism as a “global network”: 1/ African American feminisms. 2/ The anti-capitalist and post-porn subcultures in Spain. 3/ The pro-depathologization movement to end the pathologization of trans and intersex people. 4/ Commitments to migrants and to people experiencing difficulty and/or socially marginalized people (Valencia, 2014).

This issue on “Transfeminist Multitudes: convergences, alliances, intersectionalities” has two main objectives. The first is to go beyond the common approaches centered on the English-speaking world and to explore the specificities of Spanish and Portuguese speaking areas in particular. The second objective is to consider the notion of transfeminism as an epistemology, a theory of knowledge and power, “guiding a wide range of transfeminist practices” (Garriga-López, 2019, 1621).

Critical approaches to the links between different forms and definitions of transfeminisms are welcome.

Deadline and contact

Deadline for proposals: May 31, 2022

Responses: June 30, 2022

Submission deadline for peer review: September 30, 2022

Deadline for the final versions: November 30, 2022

Contact: karine.espineira@cnrs.fr

Bibliographie

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