Sociocriticism

I-Mémoires partagées, mémoires questionneuses et anamnèse  |  

[Sommaire du numéro]

Ariel Osvaldo Tapia Medina

Papá Liborio, entre Révolution et mystification : hybridation socio-culturelle postcoloniale déniée

Résumé

L’apport socioculturel et politique des personnages historiques issus de la diaspora afrodescendante a toujours été appréhendé d’un double point de vue optique : soit comme un passage historique à oublier, soit comme quelque chose d’imaginaire, au-delà de la réalité historique vécue et documentée C’est le cas d’Olivorio Mateo Ledesma, surnommé « Papá Liborio », ignoré par l’histoire officielle de la nation dominicaine. Il est ravalé par l’histoire populaire au rang de mythe religieux ou de guide spirituel. D’où son surnom. Papá Liborio est né à San Juan de la Maguana, province située dans la région sud-ouest de la République Dominicaine, en 1876 et fut abattu par les forces américaines lors de l’occupation (1916-1924) en 1922. De nos jours, son image est associée à la sorcellerie, à la margination sociale et à l’insoumission. La dimension héroïque, patriotique et philanthropique du personnage a été reléguée à l’oubli ou, à tout le moins, à un pittoresque intégrant le folklore national. Ce dernier aspect est perceptible dans les ouvrages qui lui sont consacrés ; que ce soit au niveau musical ou cinématographique et même historiographiques. Le parcours et le combat de ce personnage historique n’ont pas été abordés de manière sérieuse par les recherches académiques. Il ne jouit point d’une reconnaissance historique officielle, pas même dans les manuels scolaires qui ont tendance à oublier ou à minorer l’importance de certains personnages, surtout noirs ou de culture atavique, dans l’Histoire dominicaine. Cet article va essayer de mettre en exergue l’apport historique d’Olivorio Mateo Ledesma dans l’Histoire contemporaine dominicaine, à savoir son fervent engagement patriotique contre la tyrannie yankee.

Abstract

The socio-cultural and political contribution of historical figures form the Afro-descendant diaspora has always been apprehended from a double optical point of view: either as a historic passage to forget, or as something imaginary, beyond the historical reality experienced and documented. This is the case of Olivorio Mateo Ledesma, nicknamed « Papá Liborio », ignored by the official history of the Dominican nation. He is reduced by popular history to the rank of religious myth or spiritual guide. Hence his nickname. Papá Liborio was born in San Juan de la Maguana, a province located in the Southwestern region of the Dominican Republic, in 1876 and was killed by American forces during the occupation (1916-1924) in 1922. Nowadays, his image is associated with witchcraft, social marginalization and insubordination. The heroic, patriotic and philanthropic dimension of the character has been relegated to oblivion or, at the very least, to a picturesque integration of national folklore. This last aspect is perceptible in the works devoted to him; whether at the musical or cinematographic level and even historiographical. The journey and struggle of this historical figure have not been seriously addressed by academic research. He does not enjoy official historical recognition and not even in school textbooks which tend to forget or to minimize the importance of certain characters, especially black or of atavistic culture, in Dominican history. This article will try to highlight the historical contribution of Olivorio Mateo Ledesma in contemporary Dominican history as well as his fervent patriotic commitment against Yankee tyranny.

Resumen

El aporte sociocultural y político de los personajes históricos pertenecientes a la diáspora afrodescendiente han sido siempre escrutado con un doble punto de vista : ya sea como un pasaje histórico para olvidar o como algo imaginario, más allá de la realidad histórica vivida y documentada. Es el caso de Olivorio Mateo Ledesma, apodado “Papá Liborio”, ignorado por la Historia oficial de la nación dominicana. Es degradado por la historia popular al rango de mito religioso o de guía espiritual. De ahí viene su sobrenombre. Papá Liborio nació en San Juan de la Maguana, provincia situada en la región Sudoeste de la República Dominicana, en 1876 y fue abatido por las fuerzas americana durante su ocupación (1916-1924) en 1922. Hoy en día, su imagen está asociada a la brujería, a la marginación social y a la insumisión. La dimensión heroica, patriótica y filantrópica del personaje ha sido relegada al olvido o, por lo menos, a una pintoresca imagen folclórica. Este último aspecto es perceptible en las obras que le son dedicadas, ya sea a nivel musical o cinematográfica e incluso historiográficas. El recorrido y el combate de este personaje no han sido abordados de manera rigurosa por las investigaciones académicas. Tampoco no ha disfrutado de un reconocimiento oficial y ni siquiera en los manuales escolares que tienden a olvidar o a minorizar la importancia de ciertos personajes, sobre todo Negros o poseedores de una cultura atávica, en la Historia dominicana. En este artículo se intentará de elucidar el aporte histórico de Olivorio Mateo Ledesma en la historia contemporánea dominicana, es decir su ferviente compromiso patriótico contra la tiranía yankee.

Texte intégral

À la mémoire de mon grand-père Anastasio Medina, un grand homme de valeur.

« Laissez venir à moi les petits enfants, et ne les en empêchez pas »
Mathieu, 19 : 14

A Liborio le tiraron
Ay, ay, ay
En Arroyo del limón
Ay, ay, ay
Liborio, merengue dominicano de Luis “Terror” Días

No sueltes el gallo no lo sueltes
No sueltes el gallo no lo sueltes
Que te lo matan
Que te lo matan
Que te lo matan
Que te lo matan
El Giro y Canelo, merengue típico dominicano interpreté par Siano Arias

« Liborio fue el escogido por el Cristo para poner su palabra en él, porque todo lo que dijo Liborio eran palabras del Cristo »
Don José Mateo Heredia, Bizsobrino de Liborio y encargado de la Agüita

Prélude

1Le 27 Juin 2022 on commémore les cent ans du décès d’Oliborio Mateo Ledesma, dit « Papá Liborio ». Papá Liborio est né à San Juan de la Maguana, ville située dans la région Sud-ouest de la République Dominicaine, en 1876, et il fut abattu par les forces américaines lors de l’occupation, 1916-1924, de l’île. Cela se réitèrera en 19221. Son engagement social a été au-delà de la dévotion spirituelle qu’on lui attribue. Étonnamment, cet engagement patriotique, revêtu notamment d’abnégation, demeure sesgado dans les livres d’Histoire dominicaine2 et surtout dans les manuels scolaires (Marty, 2014). Pourtant, on ne peut pas tout à fait comprendre le contexte socio-politique de cette époque, et encore moins de l’occupation usaméricaine, sans prendre en considération le mouvement liboriste. Certes, pour être un mouvement au fondement très spirituel, il n’est pour autant pas dépourvu d’une grande dose de conscience sociale au regard du contexte socioéconomique et politique de l’époque3. Dans la représentation de ce mouvement, par le discours hégémonique national et dans celui des envahisseurs, cette dimension spirituelle liée à la santería, a toujours pris le dessus sur sa dimension sociopolitique incontestable. Le discours de ses détracteurs, renforce constamment son image d’homme illuminé4 (dégradé en tant que sorcier). Cela a aussi été renforcé par la ferveur des fidèles liboristes.

2Dans cette contribution nous allons plutôt mettre l’accent sur la prise de position du personnage par rapport au changement social lié au contexte socioéconomique de la région du Sud-ouest. Il sera aussi question de la démarche révolutionnaire qu’il a entreprise au niveau national pour faire face à l’occupation américaine5.

Introduction

3L’actuelle province de San Juan Maguana au Sud-ouest de la République Dominicaine correspond géographiquement à une partie de l’ancien cacicazgo (chefferie) de Maguana6. Ce cacicazgo était dirigé par le cacique Caonabo lors de l’arrivée des colons espagnols en 1492. Celui-ci s’est battu férocement contre les conquérants espagnols au nom de la liberté de son peuple. Ces terres (laboratoire de brassage, de créolisation culturelle et d’insurrections constantes) ont également vu naître d’autres éminents guerriers comme Guarocuya, baptisé Enriquillo par les religieux franciscains (Martinez Almánzar, 1996, p. 109) à l’époque coloniale ; lui aussi s’est battu contre la tyrannie espagnole mais pour un motif bien distinct. Il y eut aussi Sébastien Lemba, contemporain de Guarocuya, Africain originaire, d’après certaines sources, de la Guinée Équatoriale. En tous les cas, on suppose qu’il y est né. Ce qui est sûr c’est qu’il était un Africain bozal de l’Afrique Occidentale ; esclavisé, il fut vendu et déporté vers l’île Quisqueya par les négriers portugais. Sébastien Lemba a été l’un des premiers Africains à se soulever contre l’esclavage dans le Continent Américain. Bien qu’il ne soit pas né au Sud-ouest du pays, il est enraciné dans l’histoire dominicaine comme un Dominicain. C’est dans les fameux manieles ou palenques qu’il a trouvé refuge et le courage de continuer à faire face à la sauvagerie des colons espagnols. C’est dans ces terres également où se sont constitués les premiers palanques ou manieles d’Amérique ; ce sont finalement des lieux de cohabitation pacifique et solidaire entre les insurgés Tainos et les Africains (Franco Pichardo, 2009, p. 70). Sébastien Lemba a lui aussi sacrifié sa vie en faveur de la cause indigène7 et les peuples déportés africains. Par la suite, il a fait partie des troupes du général Maximo Gomez, lui aussi né à Baní, dans la région Sud-ouest. Ce général est l’un des pères fondateurs de la nation cubaine conjointement avec José Martí et Antonio Maceo. L’engagement de Maximo Gomez auprès des indépendantistes cubains a été purement altruiste, une question de principe, d’éthique, de solidarité, de fraternité avec ses frères cubains. Son parcours rappelle celui d’Hatuey, premier indien à avoir lutté contre le colonialisme espagnol ; il n’a en effet pas hésité à prendre son canoé pour aller prévenir (et secourir) d’autres peuples indigènes, dont les peuples autochtones de Cuba, contre l’imminente menace des envahisseurs et colons espagnols.

4Dans cette lignée des résistants il faut aussi prendre en compte Oliborio Mateo Ledesma alias « Papá Liborio » né, comme les autres, dans le Sud-ouest du pays. S’il s’inscrit bien dans les confrontations constantes, le long des siècles, ayant pour but la préservation du territoire national8, sa particularité est que sa lutte se déroule dans un temps chronologique postcolonial, marqué par la montée en Empire des États-Unis et leur visée expansionniste. Mais à la différence des autres insurgés, sa lutte va être revêtue d’une composante mystique qui lui vaudra une méconnaissance active et durable même de nos jours : sa culture supposément atavique.

5La vie spirituelle démarre très tôt chez Oliborio. La légende populaire raconte que lors du passage d’un ouragan en 19089 il disparaît pendant quelques jours (le nombre de jours varie selon les témoins) ; il réapparaît soudainement métamorphosé en un être entièrement spirituel. Ses connaissances sur le pouvoir de guérison de certaines plantes vont consolider son image mystique (Figuereo Agramonte, 1999, p. 39). Dès lors, cette aura, pour certains secteurs de la société, sera associée à la sorcellerie, à la folie et aux bas-fonds de la société10. Toutefois, cette illumination va lui permettre de devenir un homme influent dans sa communauté et voire même dans le reste du pays (Díaz, 1997, p. 124). Son influence ne se limite cependant pas au niveau spirituel ; il produit également des effets politiques incontestables bien qu’il n’ait pas mené une vie politique active à proprement parler car cela ne l’intéressait pas (Cassá dans le court-métrage : Papá Liborio, 2017). Le nombre de ses adeptes se multipliait jour après jour du fait de ses pouvoirs de guérisseur11 qui attiraient les malades de tous les coins du pays malgré la condamnation de l’Église catholique et les récriminations incessantes de la presse écrite12.

6La presse et l’Église catholique sont les deux principaux adversaires idéologiques du mouvement liboriste en gestation au début du XXe siècle. Il n’est pas étonnant que ce mouvement, marqué par un spiritualisme non officiel, soit perçu comme un mouvement messianique (ses adeptes), comme quelque chose de contraire à la doxa catholique (le clergé dominicain)13 et aux valeurs morales de l’époque (les élites dominicaines, la caste intellectuelle14).

7Oliborio prêche l’évangile du Christ, basé dans le libre amour et la paix entre les humains. Il crée la « Hermandad » (la fraternité de ses adeptes), pour constituer sa propre église et ainsi établir son magistère de guérison spirituelle et physique sans rien attendre en retour ; du moins, rien qui ait une valeur marchande15.

8La plupart de ses patients16 souffraient des maladies du type psychosomatique (Sobieski de León, dans le court-métrage : Salga el mal y entre el bien, Liborio Mateo, 2013) liées à la situation chaotique où se trouvait le pays. Par ailleurs, la criminalisation et le mépris de la vie rurale de la part d’un secteur important de la société urbaine, provoquaient des ravages chez les paysans des communautés rurales qui étaient alors abandonnés à l’indigence.

9Ce contexte indigent (Figuereo Agramonte, 1999, p. 43) va être un stimulant pour l’adhésion à la cause liboriste ; il permet aussi d’expliquer la conversion idéologique d’un homme pacifiste qui devient guérillero).

Contextualisation socio‑politique

10Le malaise social de cette époque trouve sa genèse dans la mauvaise gestions politique (1882-1899) du dictateur dominicain Ulises Heureaux qui régna vers la fin du XXe siècle. Les confrontations constantes entre Heureaux et ses opposants politiques, les prêts sollicités et ensuite octroyés par les puissances européennes (Martínez Almánzar, 1996, p. 369), puis par les États-Unis17, ont conduit à une crise économique18 qui va durer jusqu’à l’arrivée de l’autre dictateur dominicain, Trujillo, en 1930.

11Pour garantir le remboursement des prêts aux créanciers, la République Dominicaine se vit obligée de céder le contrôle et la perception des recettes douanières aux pays étrangers créanciers. Une telle situation de mise sous tutelle ne va permettre l’assainissement économique du pays ; elle mit le dictateur dominicain dans l’obligation de continuer à solliciter encore davantage, d’autres prêts aux pays créanciers (Martínez Almánzar, 1996, p. 376 et 377), augmentant ainsi la dette externe.

12Il faut également ajouter à cela d’autres problèmes comme la privatisation des terres, c’est-à-dire les terrains communautaires19, les communes. Beaucoup de paysans sont dépouillés de la terre et se retrouvent ainsi voués à la misère.

13Ce passage forcé de la vie communautaire au système capitaliste agressif, se double des antagonismes virulents des groupes politiques tous acquis à cette « transition salutaire ». Les luttes politiques insurrectionnelles vont être une constante depuis la Restauration (1863-1865) jusqu’au début du XXe siècle. Cela débouchera sur une guerre civile en 191220. Elle va être l’une des excuses que les Usaméricains mettront en avant pour justifier l’occupation de l’île.

14Finalement, l’impossibilité de rembourser les prêts va submerger le pays dans une crise financière et politique où la seule et unique solution va être de laisser entre des mains étrangères le contrôle total du système douanier national, d’abord sous le contrôle des pays européens et ensuite sous l’hégémonie des États-Unis. Évidemment, une telle situation a été considérée par une grande partie des Dominicains comme une atteinte à la souveraineté nationale.

15Cette situation sociopolitique et géopolitique si tendue, va imprégner davantage le liborisme d’une conscience sociale en faveur de ceux et celles qui se retrouvent privés des garanties sociales minimales. C’est ainsi que le débarquement des marines usaméricains en 1916 sur le sol dominicain va marquer un tournant dans son activisme politique à fond mystique. Il va alors adopter une attitude intransigeante face à l’envahisseur étranger.

Métamorphose du mouvement liboriste

16La présence effective usaméricaine en République Dominicaine va donc favoriser l’émergence d’une composante belligérante du mouvement liboriste. Dès lors son engagement social va être focalisé sur la défense de la souveraineté nationale ; la tactique de la guérilla sera adoptée et mise en exécution. Pour mieux comprendre cette transformation, il faut savoir que le liborisme est, selon Lusitania Martínez21, intrinsèquement constitué par trois aspects articulés entre eux :

  1. La protestation sociale.

  2. La récupération de l’identité culturelle perdue ou menacée

  3. Le messianisme.

17Chacun de ces aspects est cristallisé par une dimension religieuse importante (Lusitania Martínez, 2003). C’est ce qui finalement a rendu possible l’accomplissement des objectifs révolutionnaires par ses adeptes devenus camarades.

18On peut supposer que ces trois aspects sont corrélés aux trois caractéristiques22 incontournables des mouvements messianiques :

  1. Le mécontentent social, soit du paysan soit du citadin.

  2. L’espoir d’un monde meilleur, porteur de garanties sociales, où règne l’égalité sans privilèges de classes.

  3. Ils sont dirigés par un ou plusieurs « messies ». Dans ce cas, le leader religieux, meneur de ce mouvement est sans conteste Papá Liborio.

19La première caractéristique va se manifester subitement lors de l’occupations usaméricaine. Le liborisme sera le seul groupe armé du Sud-ouest qui va, jusqu’à l’assassinat de son leader révolutionnaire et guide spirituel, lutter constamment contre les envahisseurs. Malgré cela, son engagement patriotique a été critiqué et mise en cause non seulement par les envahisseurs mais aussi par la presse locale, alliée des nouveaux propriétaires locaux des terres23.

20Le deuxième point a trait à la perception nationale du mouvement liboriste. Les habitants du Sud-ouest se sont toujours caractérisés par leur attachement au syncrétisme qui trouve son expression achevée dans la santería24. C’est un trait idiosyncratique saillant, mais non exclusif, des habitants de cette région, de ces terres arides où le taux de pauvreté dépasse celui des autres régions. Oliborio est conscient de l’importance de cette identité religieuse au niveau local. Il va faire de son mysticisme le centre gravitationnel de son mouvement spirituel ; le but étant de soulager, coûte que coûte, les paysans et villageois de sa région la détresse morale, sociale et économique. Plus tard, et notamment lors de l’insurrection durant l’occupation usaméricaine, il mobilisera aussi la dimension mystique dans son engagement.

21Il se trouve que la République Dominicaine est un pays dont les fondamentaux politiques, sociaux, religieux, depuis son indépendance, tournent uniquement autour de la religion catholique25. D’où le rejet et l’animadversión envers la figure de Liborio26. Pis encore vu qu’il prêche l’amour libre27, la solidarité et les méthodes palliatives (médicinales) consuetudinarias pour faire face à tous les maux de la société contemporaine.

22Tous ces aspects vont être utilisés par ses détracteurs, y compris les historiens, pour réduire sa cause à son aspect religieux ; se retrouve ainsi reléguée au néant sa mission principale, à savoir la libération du peuple dominicain. Le fait qu’il propose un retour à la vie simple (Cassá, 2017, p. 18), à la reconnaissance des identités nationales28 où le brassage culturel légué par les ancêtres (Africains, Tainos, Caribes) est aussi fondateur que l’héritage européen, n’a pu que choquer. Le discours de Liborio, d’expression populaire et subalternisé par la presse nationale, son mode de vie rural sont autant de motifs jugés illégitimes par un discours hégémonique auquel finalement il faisait face en contestant sa légitimité. Un discours ouvertement complice de l’hégémonie impériale usaméricaine.

23Le mouvement messianique, ésotérique de Liborio a un fond, une base idéologique socialement révolutionnaire bien sédimentée. Elle se heurte de plein fouet aux nouvelles exigences des Usaméricains. Le prétexte de « la protection de leurs citoyens sur le territoire dominicain » dans un contexte socio-politique agité a d’autant moins convaincu que les Usaméricains ont d’emblée dévoilé leur vraie intention : s’approprier le pays et devenir la police internationale (Castillo, 1916, p. 10). Pour couronner le tout, ils exigèrent, dans la fameuse Note 1429, la mise sous tutelle des militaires et policiers nationaux ; ils proposèrent qu’un expert financier usaméricain vérifie les impôts dominicains (Martínez Almánzar, 1996, p. 434).

24Évidemment le peuple dominicain n’a pas accepté leur dictée ; bien au contraire elle aura eu un effet négatif : « La note 14 a provoqué l’unifications des leaders politique dominicains […] lesquels rejetèrent les exigences nord-américaines en argumentant que le peuple dominicain s’opposait à toute ingérence étrangère » (Martínez Almánzar, 1996, p. 434 – ma traduction). Ainsi, dès leur arrivée, doivent-ils faire face à trois foyers principaux de résistance répartis symétriquement dans les trois régions du pays30 :

  • Au nord Desiderios Arias31.

  • Au Sud-est les guérilleros dits, péjorativement par les Américains, les « gavilleros ».

  • Et au Sud-ouest le mouvement cimarron-guérillero de Liborio32.

25Le mouvement liboriste va être la cible principale des militaires usaméricains même avant leur débarquement en 191633. Cela constitue aussi bien un indice de l’importance de son leader en tant qu’objecteur de conscience que de la crainte de ses éventuelles manœuvres paramilitaires. Son influence sur la population dominicaine est constatée lors de son assassinat : le jour où il fut abattu, les autres groupes de résistance se sont dissouts et son groupe fut exterminé par les forces militaires étrangères (Cassá, 2017, p. 201).

26Leborio représentait, l’image vive de la résistance nationale. Il en était le paradigme. Sa lutte, jusqu’à la fin de ses jours, démontre son engagement sans faille pour la souveraineté nationale. On ne peut qu’attirer l’attention sur le manque d’intérêt dont fait encore preuve l’historiographie officielle dominicaine pour ce personnage historique, ses combats et les valeurs qu’il défendait.

Conclusion

27Qu’à cela ne tienne, encore de nos jours, le pèlerinage vers les lieux qui ont marqué son existence en tant que père spirituel et combattant est toujours un grand moment de ferveur pour ses dévots. Par contre, son engagement pour la souveraineté nationale ainsi que ses luttes contre la tyrannie yankee demeurent toujours dans les limbes historiques. Quarante neufs ans après le débarquement de « la première occupation militaire »34, Francisco Alberto Caamaño Deñó35 reprend le relais de sa lutte contre la menace, toujours la même menace, contre l’hégémonie nationale en 1965 (Martinez Almánzar, 2000). Lui aussi a été assassiné, exécuté selon le jargon militaire. En revanche, son image, grâce au polissage des derniers gouvernements dominicains, a été (re) valorisée jusqu’au point où il est devenu désormais un martyr de la Patrie.

28Pour ce qui est d’Oliborio, le mépris culturel, racial et politique prime encore. En effet, son attachement aux pratiques culturelles et religieuses populaires considérées par les élites nationales comme des pratiques ataviques, par conséquent corrompues, lui est opposé et reproché. Son mouvement est unilatéralement associé au syncrétisme religieux, de composante africaine, et por ende au monde haïtien toujours stéréotypé et stigmatisé comme une aberration, une altérité radicale. Son parcours personnel et son combat historique de grande valeur demeurent exclus des annales de l’histographie dominicaine.

29Son hybridé religieuse, culturelle et idéologique a joué un rôle important dans son devenir historique après sa mort. Finalement le culte liboriste ressuscite en 1961, mené par les mellizos (les jumeaux), Plinio Ventura et León Romilio Ventura, de Palma Sola. Ils évoquent la figure religieuse de Liborio pour continuer à défier l’exclusion sociale que subissent les paysans et pour ainsi créer une utopie chrétienne populaire salvatrice (cf. Papá Liborio : El Santo vivo de Maguana, 2003). Il est relégué au folklore36. Enfin, comme le propose Rubén Moreta « il faut reconnaître son statut de prócer car il l’a combattu l’armée la plus puissante du Continent Américain, c’est-à-dire une des armées les plus puissantes du monde » (propos tirés du court-métrage : Ruta de Liborio Mateo o Papá Liborio, 2019). On peut donc considérer Papá Liborio comme le dernier marron combattant contre les injustices impérialistes subies par l’île puisqu’il n’a pas voulu se soumettre aux services des envahisseurs ni obéir à leurs ordres et étant persécuté par ces derniers, et la milice autochtone, au lieu de se réfugier en Haïti il a préféré se cacher dans les montagnes37 avec ses acolytes prêts à mourir (Conde, 1983, p. 16).

Bibliographie

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Bibliographie audiovisuelle 

Historia Dominicana : Olivorio Mateo (Papá Liborio), Historia Dominicana en Gráficas, Noticias Sin, Color Visión Canal 9 (journal télévisé).

Papá Liborio : El Santo vivo de Maguana, [56 :16]el auspicio de la Secretaria de Estado de Cultura, lic. Tony Raful. Proyecto La Ruta hacia Liborio, coordinador del Proyecto Lusitania Martínez. Directora Martha Ellen Davis. Arturo, Guzman editor. Productor Miguel Fernández “Kadafi”. Editor Arturo Guzman. Guionista Pericles Mejía. Narrador Manuel Segura. Archivo General de la Nación Biblioteca Nacional. 2003.

Papá Liborio, Latinoamérica en Perspectiva : En Sociedad 14 minutos, Dirección Óscar Pérez de la Cruz, 2017 (court-métrage).

Ruta de Liborio Mateo o Papá Liborio, San Juan, Primer documental de los estudiantes de la carrera de Comunicación Social, mención Periodismo de la UASD, Centro San Juan. Proyecto enmarcado en la materia Periodismo Televisivo con el maestro José David Contreras. Productora Ejecutiva Laura Meran, Elizabeth Castillo Dirección Milton Arias, 2019 (court-métrage).

Salga el mal y entre el bien, Liborio Mateo, Dominicana online, Global Foundation for Democracy and Developement, El Portal de la República Dominicana. 2013 productora ejecutiva Natasha Despotovic, idea original Natasha Despotovic (court-métrage).

Notes

1 Ses dépouilles ont été ignominieusement exhibées à la place centrale de la ville de San Juan de la Maguana pour que sa mystification, en tant que combattant, soit piétinée (Díaz, 1997, p. 127).

2 Les deux livres d’Histoire Dominicaine que je consulte régulièrement : Manual de Historia Crítica Dominicana, Santo (Martínez Almánzar, 1996), et l’autre : Historia del Pueblo Dominicano (Franco Pichardo, 2009) ne font absolument aucune référence aux prouesses saisissantes de ce personnage historique, malgré les seize combats qu’il a eus contre les marines des États-Unis pendant six ans, jusqu’à son assassinat par les forces d’occupation usaméricaines.

3 Son image historique a subi ce que Victorien Lavou a conceptualisé comme « Le malheur généalogique », c’est-à-dire les formes de représentation du Noir (la plupart du temps de manière péjorative) dans les objets socioculturels d’Amérique Latine et de la Caraïbe (Lavou 2005, p. 266).

4 Aux dépens de son image patriotique et historique.

5 Les Nord-américains ont voulu acheter la péninsule de Samaná, au Nord du pays, pour mieux surveiller le trafic maritime du canal de Panamá.

6 Un des cinq Cacicazgos dont était composée l’île de Quisqueya avant de l’arrivé des colons espagnols. Celui-ci a été le centre politique et religieux de l’île durant le colonialisme (cf. documentaire Papá Liborio : El Santo vivo de Managua, 2003)

7 Il s’est battu auprès de Guarocuya (Martinez Almánzar, 1996, p. 110).

8 On peut constater que cette terre, depuis l’aube du colonialisme espagnol – et cela continue tout au long de l’Histoire dominicaine –, a toujours été le scénario de grands soulèvements visant à une justice sociale.

9 On dispose de références officielles de l’ouragan survenu le 27/09/1908 : L’ouragan atteint le pays à partir de la province de San Cristobal, ensuite il se dirige vers Haití et Cuba (cf. Listín Diario, Historial de huracanes en RD, publié le 29 mai 2007) ; on n’a pas de sources précises de sa disparition, sauf les témoignages populaires : « Cela a été une tempête qui a provoqué des ravages au Sud-ouest en 1908, dans cette tempête Liborio a disparu et lorsque l’on croyait qu’il était mort, il est réapparu une semaine plus tard » (Díaz, 1997, p.124)

10 Cette image de « hombre brujo » est très répandue dans l’imaginaire populaire. En fait, chaque fois que je demandais à quelqu’un qui est-ce Papá Liborio, on me répondait sans hésitation « un brujo ».

11 Il devient le médecin pas seulement de la province de San Juan mais de toute la région (Rubén Moreta, dans le court-métrage la Ruta de Liborio Mateo o Papá Liborio, 2019).

12 Les critiques du journal El Cable au mouvement liboriste étaient aussi féroces que les critiques américaines (Cassá, 2017, p. 22) : « Le jeudi soir le capitaine Morce accompangé de 23 policiers se sont dirigé vers la cachette de Liborio dans les montagnes » […] « On considère qu’avec cet assaut le sale liborisme y sera arraché à jamais, c’est la honte de cette communauté », Journal le Cable, Año II, núm. 66, 20 de mayo de 1992.

13 L’église dominicaine fut une église essentiellement élitiste, étrangère ; par conséquent, les paysans se sont toujours sentis abandonnés (Lusitania Martínez, dans le court-métrage : Papá Liborio, 2017).

14 Pour les élites intellectuelles du Sud-ouest le culte populaire de Liborio était un obstacle pour à l’évangélisation catholique (Cassá, 2017, p. 22). Pour l’opinion publique et l’hégémonie politique Liborio était un fou, un malade mental, un clochard (Valerio-Holguín, 2013, p. 30).

15 Les rares médecins de l’époque éprouvaient de l’antipathie envers Liborio car leurs salles de consultation se vidaient alors que celle de Papá Liborio était pleine car il soignait gratuitement ; il avait des dons messianiques, d’après le témoignage des gens de ses contemporains (Figuereo Agramonte, 1999, p. 44).

16 Il faut souligner qu’à cette époque, il n’avait pas assez de médecins (Figuereo Agramonte, 1999, p. 44) ; il était nécessaire de trouver une alternative à cette précarité.

17 « Those conditions were that the Dominicans permit American authorities to collect and disburse all of the Republic’s revenues and that the national army be replaced by a Dominican constabulary under American command » (M. Fuller et A. Cosmas, 1974, p. 24).

18 En fait, la République Dominicaine s’est vue totalement ruinée et ses ressources économiques dans les mains des Américains, plus précisément sous le contrôle de la multinational Improvement (Martínez Almánzar, 1996, p. 385-386).

19 Voir l’intervention de Jan Lundius dans le documentaire Papá Liborio : El Santo vivo de Maguana, 2003.

20 Il ne va pas prendre parti dans la guerre civile du 1912, même s’il possédait des armes, démontrant ainsi son patriotisme et son idéologie apolitique, neutre et pacifique. Par contre, ces armes vont être utilisées contre l’occupation usaméricaine en 1916-1924 (Félix Caamaño, dans le documentaire Papá Liborio: El Santo vivo de Maguana, 2003).

21 Propos tirés de son intervention dans le documentaire : Papá Liborio : El Santo vivo de Maguana, 2003.

22 D’après la professeur Lusitania Martinez (Papá Liborio : El Santo vivo de Maguana, 2003).

23 Le liborisme est un mouvement ouvert à la rédemption de ceux qui fuyaient de la justice (ou plutôt de l’injustice) ; ils s’engageaient dans la cause liboriste de libération nationale. Il faut souligner que pendant l’occupation usaméricaine les abus, les vexations et voire les exécutions extrajudiciaires dont la population locale était victime avaient lieu au grand jour. Par exemple, dans le journal El Cable, l’on annonce le cas d’une femme qui est victime d’un viol et les coups qu’a reçus l’homme qui l’accompagnait. Au début, on croyait que le délit a été commis par les gavilleros, les guérilleros anti-envahisseurs du Sud-est, mais paradoxalement ces gavilleros se sont avérés trois marins et un Portoricain de l’armée d’occupation. El Cable, Año I, núm. 46, 31 diciembre de 1921 (cf. Tesoros ocultos del periódico El cable, Valenzuela, Edagar, compilador). Une autre information qui apparaît à la Une du même journal indique : « Un marino yankee hiere a una mujer » (…) « por gusto o por borrachera, ocurren con demasiada frecuencias y aquí por dondequiera que hay marinos yankees », Año II, núm. 58, 25 marzo de 1992 (ibid.).

24 Bien que la majorité des croyants dans les pays hispano-américains se disent catholiques, en réalité dans leurs pratiques religieuses, il existe un large éventail de croyances populaires syncrétisées avec les valeurs du catholicisme (cf. Yao, 2019).

25 Même si le Dominicain peut être catholique tout en se baignant dans les sources consacrées à Liborio (Dore Cabral, 2008, p. 123).

26 Il sera emprisonné deux fois en 1909, accusé d’avoir exercé la médicine illégale et en 1910 pour le même motif (Cassá, 2017, p. 19).

27 Pour ses opposants, son prêche de l’amour libre a été perçu comme une exaltation de la concupiscence charnelle vu que l’homme afrodescendant d’après les imaginaires et les représentations sociales, il est associé au sexe sauvage, à la luxure (Meneses Copete, 2014, p. 81).

28 Dans la récupération de cette identité, de celle-ci découle en conséquence la démarche du guérillero impliqué dans un mouvement mystique (Lusitania Martínez dans le court-métrage : Papá Liborio, 2017).

29 Nommée ainsi parce que les exigences usaméricaines étaient consignées dans une note diplomatique présentée à la Chancellerie Dominicaine, au Ministère des affaires étrangères, (Martinez Almánzar, 1996, p. 434).

30 À la base, ces mouvements existaient même avant l’arrivée des militaires usaméricains ; mais avec l’arrivée de ces derniers (Cassá, 2017 p. 9), ils ont acquis une importance plus grande.

31 Le Général Arias comptait sur 250 militaires dominicains et une centaine de civil auxquels il leur avait donné des fusils extraits de l’arsenal gouvernemental (M. Fuller et A. Cosmas, 1975, p. 7). L’historien dominicain Martínez Almánzar déplore que « el caudillo Desiderio Arias, quien se impuso en la Línea Noroeste, no respetando ningún gobierno, pero durante la intervención militar norteamericana estuvo inactivo » (1996, p. 428). En revanche dans l’histographie, il représente la résistance principale, conjointement avec les gavilleros, face à l’Occupation nord-américaine.

32 C’est le guérillero le plus redoutable et redouté du pays car, pour l’époque, il disposait d’une armée composée de plus de 2000 hommes (Figuereo, 1999, p. 45). Les Usaméricains ont compris le danger que représente ce foyer de résistance à leurs plans ; ils ont entamé contre lui une chasse sans répit avec le soutien des milices autochtones (Díaz, 1997, p.125). Entre 1916 et 1922 Liborio a combattu 16 fois à l’encontre des forces d’occupation. A partir de ces faits, les militaires usaméricains ont considéré Liborio comme le guérillero le plus dangereux du pays (Compte rendu d’information : cf. Olivorio Mateo (Papá Liborio), Historia Dominicana en Gráficas, Noticias sin). Le désarmement de la population dominicaine proposé par les usaméricains et la persécution de ceux qui ne veulent pas respecter ces ordres (Martínez Almánzar, 1996, p. 440) vont constituer des points notables de divergence entre les liboristes et les envahisseurs.

33 Le liborisme était déjà un obstacle pour les autorités usaméricaines qui contrôlaient les douanes, suite à la signature de la convention du 1907 (Figuereo, 1999, p. 43). Convention Dominico-Américaine, accordée par le congrès dominicain le 3 mai de 1907 et signée par le président dominicain Cacéres d’après lequel les États-Unis possèdent le contrôle absolu de toutes les activités financières de la République Dominicaine et le droit d’intervenir dans la vie politique dominicaine lorsqu’ils considèrent que la récolte des recettes douanières n’est pas favorable à leurs intérêts économiques (Martínez Almánzar, 1996, p. 414).

34 En fait, ce n’est pas la première, comme on l’a souligné supra. Mais du fait de sa durée et de son impact social sur le peuple dominicain elle a pris plus d’importance dans les recherches des historiens, dans les manuels d’Histoire et les manuels scolaires.

35 Paradoxalement, Caamaño a participé à l’étouffement de la renaissance du liborisme en 1962 sous l’égide des frères dits « Los mellos » (cf. Figuereo Agramonte, 1999).

36 Le propos de Leopoldo Figuereo corrobore cette image : « Liborio est le personnage folklorique du XXe siècle de la République Dominicaine » (cf. documentaire, Papá Liborio: El Santo vivo de Maguana, 2003).

37 Les mêmes montagnes (Sierra de Bahoruco [Chaîne de Bahoruco]) où se sont réfugiés Guarocuya, Sébastien Lemba tout comme d’autres Tainos et Africains esclavisés fuyant de l’oppression des colons espagnols (Franco Pichardo, 2009, p. 71).

Pour citer ce document

Ariel Osvaldo Tapia Medina, «Papá Liborio, entre Révolution et mystification : hybridation socio-culturelle postcoloniale déniée», Sociocriticism [En ligne], XXXVI-1, 2022, , 2022, mis à jour le : 19/07/2022, URL : https://revues.univ-tlse2.fr:443/sociocriticism/index.php?id=3121.

Quelques mots à propos de :  Ariel Osvaldo Tapia Medina

Université de Perpignan / Universitat de Girona