La main de Thôt : Théories, enjeux et pratiques de la traduction

Illustration de Sylvian Meschia

La main de Thôt : ISSN 2272-2653

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n° 2 - Traduction, plurilinguisme et langues en contact - La parole aux étudiants du CeTIM - Dossier Heather Cahoon

[Sommaire du numéro]

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Cyrielle Lahuna

Poèmes traduits par Cyrielle Lahuna

Texte intégral

Blonde

1It is November and the sun has gone south almost
as far as it can. Cold air flies wildly through the sky,
the bare and frantic reaches of trees, and through
the dying grasses on Camas Prairie. This wind
knows me by the color of my hair, a light in darkness.
It is November and I can see my soul
slowly leaving my body every time I exhale.

2Dad and I take the shortcut across Camas Prairie
to Dog Lake. He is telling me stories
of children with black hair and brown eyes.
My reflection in the side mirror tells me
what I already know. He talks
of these children until I am left standing
in the icy wind watching as he drives away.

3It is November and the dying grasses on the prairie
are the same color as my hair. If I wanted I could
lie down in them and disappear, I could escape
the angry wind. But I don’t, I know the land and I
would blend together into one and then no one
would ever know I had existed. So I stand.

4Heather Cahoon

Blonde

5C'est novembre et le soleil est descendu presque aussi loin au sud
qu'il le pouvait. L'air froid souffle furieusement dans le ciel,
les branches nues et tourmentées des arbres, et dans
les herbes mortes de la prairie Camas. Ce vent
me reconnaît a la couleur de mes cheveux, une lumière dans l’obscurité.
C'est novembre et je peux voir mon âme qui,
chaque fois que j'expire, quitte lentement mon corps.

6Papa et moi prenons le raccourci a travers la prairie Camas
jusqu'au lac Dog. Il me raconte des histoires
d'enfants aux cheveux noirs et aux yeux bruns.
Mon reflet dans le rétroviseur m’apprend
ce que je sais déjà. Il parle de ces enfants
jusqu’à ce qu'il me laisse, debout
dans le vent glacial, et qu'il s'en aille.

7C'est novembre et les herbes mortes de la prairie
sont de la même couleur que mes cheveux. Si je le voulais, je pourrais
m'allonger parmi elles et disparaître, je pourrais échapper
au vent furieux. Mais je ne le fais pas, je connais cette terre et je
me fondrais en elle, et alors personne ne saurait jamais
que j'ai existé. Aussi je tiens bon.

8Traduction de Cyrielle Lahuna

Suyuyápi

9They are fat because the breasts
of the earth are everywhere. Fat men
in thin houses listen through walls
to the night as reservation foxes
weave wild designs through the fields.

10At night the foxes run trails that lead
to other worlds and in day
spell out the answers for those
who know how to interpret the patterns,
a secret passed on by the insane.

11I listen as my father recalls the first time
he saw the wind reach its fine fingers
down the throat of his father
and steal his breath
so that his crying was silent.

12He remembers how it felt to look
through the walls of his father's heart
and see hope for a world reversed,
one not bloated with pale souls.

13Heather Cahoon

Suyuyápi

14Ils sont riches car partout la terre
les engraisse. Des gens riches
dans d’étroites maisons écoutent la nuit
au travers de murs, alors que les renards de la réserve
tissent des motifs sauvages dans les champs.

15La nuit, les renards courent des pistes qui mènent
à d'autres mondes et le jour
apportent des réponses a ceux
qui savent interpréter les motifs,un secret perpétué par les fous.

16J’écoute alors que mon père évoque la première fois
qu'il vit le vent enfoncer ses doigts fins
dans la gorge de son père
et lui dérober le souffle
de sorte que ses pleurs étaient silencieux.

17Il se souvient de ce qu'il a ressenti en regardant
par-delà les murs du cœur de son père,
et en y trouvant l'espoir d'un monde renversé,
un monde qui ne serait pas submergé par les âmes pâles.

18Traduction de Cyrielle Lahuna

Nk'wPu?

19for Richard Hugo

20Waves at Blue Bay rock the night to sleep.
From Pablo there's no hope for love. Don't ask
for things to change. Night shatters
into glimpses of another world as lightning

21breaks the sky. The cottonwood near the parking lot
is unafraid, rooted fast in strength.
You wish all things worked this way.
Sadness settles, unassuming

22silence accruing weight. This scene
is too familiar. Long hair blows across
your face. The stars are bright tonight.
No place to go means no one knows you're gone.

23Too busy for things like love, you pace
transparent circles in the sun. Days pass
until you know that you are home. Alone
you fall asleep listening to the waves.

24Heather Cahoon

Nk'wPu?

25pour Richard Hugo

26À Blue Bay, les vagues bercent la nuit.
De Pablo, il n'y a aucun espoir d'amour. Ne demande pas
que les choses changent. La nuit vole en éclats,
fragments d'un autre monde, alors que la foudre

27déchire le ciel. Le peuplier près du parking
est fort, sans peur, fermement enraciné.
Tu aimerais qu'il en soit ainsi pour tout.
La tristesse s'installe, qu'un silence modeste

28vient renforcer. Cette scène
est bien trop familière. Des cheveux longs
balaient ton visage. Les étoiles brillent ce soir.
N'avoir aucun endroit ou aller, personne pour s’inquiéter a ton sujet.

29Trop occupé pour des choses comme l'amour, tu tournes
en rond sous le soleil sans même t'en rendre compte. Les jours
passent jusqu’à ce que tu saches que tu es chez toi. Seul,
tu t'endors en écoutant le bruit des vagues.

30Traduction de Cyrielle Lahuna

Pour citer ce document

Cyrielle Lahuna, «Poèmes traduits par Cyrielle Lahuna», La main de Thôt [En ligne], n° 2 - Traduction, plurilinguisme et langues en contact, La parole aux étudiants du CeTIM, Dossier Heather Cahoon, mis à jour le : 06/03/2018, URL : http://revues.univ-tlse2.fr/lamaindethot/index.php?id=497.

Quelques mots à propos de :  Cyrielle Lahuna

Université de Toulouse Jean Jaurès

Etudiante de Master 1 au CeTIM